Il partit, mais quand il arriva à midi dans son ravin, il leva les mains d'horreur. Le ravin était en feu! Il avait laissé un peu de feu dans la cuisine. Le vent avait attisé le feu. La provision de bois était toute en flammes. Le toit de la cuisine était brûlé. Les lignes à pêche étaient brûlées. La porte de la maison, sa table, le banc, tout, tout était détruit!
Le pauvre Godefroi tomba à genoux, et dit: "Hélas! maintenant il faudra bien mourir. Voici l'hiver, je n'ai plus rien que ma hache et ma robe. Ma provision de bois que j'ai obtenu par mon travail, mes lignes, mes pauvres lignes, tout est perdu!" Et il regarda tristement la fumée noire, qui montait vers le ciel. Pauvre petit Godefroi, il était en effet bien malheureux.
La veille, le père de Godefroi avait dit à sa famille: "Il faut que je visite l'Île Verte. Ma provision d'osier est épuisée." Il partit donc avec deux enfants, et il promit à sa femme qu'il ne permettrait pas aux enfants d'entrer dans le bateau sans lui. La pauvre femme les laissa partir à regret, car elle pensait toujours au pauvre petit Godefroi.
Le père et les enfants arrivèrent à l'Île Verte sans accident. Ils coupèrent l'osier, et quand la provision fut finie, la petite fille dit à son père:
"Papa, viens avec nous sur la montagne. J'aimerais tant gravir une montagne!"
Le père consentit. Ils arrivèrent bientôt au sommet de la montagne, et ils regardèrent leur maison, qui paraissait bien petite. Alors ils se tournèrent et regardèrent la mer. Tout à coup la petite fille dit: "Papa, regarde là-bas. Voilà quelque chose qui ressemble à de la fumée." Le père regarda, et dit:
"C'est de la fumée. C'est probablement un vaisseau en feu!"
"Non," dit le petit garçon, "ce n'est pas un vaisseau, papa, je suis sûr que c'est un volcan, comme j'ai vu dans ma géographie à l'école!"
Le père regarda attentivement, et dit enfin: "C'est curieux, mais je crois distinguer deux montagnes. On dirait une île. Je n'ai jamais entendu parler d'une île dans cette direction-là!"
"Oh, papa," dit la petite fille, "s'il y a une île là, peut-être qu'elle est habitée. Peut-être que notre frère Godefroi est là, sur cette île, car c'est dans cette direction-là que la tempête a emporté le bateau."