A little more information is given by the fragment of another letter, written nearly two years afterwards, but covering the same ground.
GALLATIN TO BADOLLET.
Cambridge, 15 septembre, 1782.
Mon bon ami, je t’écris sans savoir où tu es, et sans savoir si mes lettres te parviendront, ou si même tu te soucies d’en recevoir; car si je ne comptais pas autant sur ton amitié que je le fais, je serais presque porté à croire que tu n’as répondu à aucune des lettres que nous t’avons écrites, Serre et moi, depuis plus de deux ans. Cependant te jugeant par moi-même et surtout te connaissant comme je fais, j’aime mieux penser que toutes nos lettres ont été perdues, ou que toutes les tiennes ont subi ce sort. Ainsi commençant par la deuxième supposition, je vais te faire un court narré de nos aventures.
Notre voyage jusqu’en Amérique ne fut marqué par aucun évènement remarquable excepté le vol que le second du vaisseau nous fit de la moitié de notre linge et de quelqu’argent. Nous arrivâmes à Boston le 15 juillet, 1780, et nous y restâmes deux mois avant de pouvoir nous défaire de quelques caisses de thé que nous avions achetées avant de nous embarquer. La difficulté de se transporter à Philadelphie et le désir d’augmenter un peu nos fonds avant d’y aller, nous détermina à passer dans le nord de cet état dans le dernier établissement qu’aient les Américains sur les frontières de la Nouvelle-Ecosse. Cette place se nomme Machias et est un port de mer situé sur la baye Funday, ou Française, à cent lieues N.-E. de Boston. Un Genevois nommé Lesdernier, un bon paysan de Russin, qui après avoir fait de fort bons établissements en Nouvelle-Ecosse, les avait perdus en partie par sa faute, en partie par son attachement pour la cause des Américains, et qui allait avec un capucin (destiné à prêcher des sauvages) joindre son fils qui est lieutenant au service américain à Machias,—ce Genevois, dis-je, fut un des motifs qui nous entraîna dans le nord, où notre curiosité ne demandait pas mieux que de nous conduire. Nous partîmes de Boston le 1er octobre, 1780, et après avoir relâché à Newbury et à Casco Bay (deux ports de la Nouvelle-Angleterre, situés le premier à quinze lieues et le second à quarante-cinq nord-est de Boston), et avoir pensé nous perdre dans un brouillard contre un rocher, en grande partie par l’ignorance de nos matelots, nous arrivâmes le 15e octobre dans la rivière de Machias. Te donner une idée de ce pays n’est pas bien difficile; quatre ou cinq maisons ou plutôt cahutes de bois éparses dans l’espace de deux lieues de côte que l’on découvre à la fois, deux ou trois arpens de terre défrichés autour de chaque cahute, et quand je dis défrichés j’entends seulement qu’on a coupé les arbres des alentours et que l’on a planté quelques patates entre les souches, et au delà, de quel côté que l’on se tourne, rien que des bois immenses qui bornent la vue de tous côtés, voilà ce que le premier coup-d’œil présente. Il ne laisse cependant pas que d’y avoir quelques variétés dans cette vue, quelqu’uniforme qu’elle soit naturellement. Le port que la rivière forme à son embouchure, port qui pour le dire en passant est assez beau et très-sûr, est parsemé de quelques petites îles. Les différentes réflexions du soleil sur les arbres de différentes couleurs dont elles sont couvertes, sur les rocs escarpés qui en bordent quelques-unes et sur les vagues qui se brisent à leur pied, forment des contrastes assez agréables. Ajoute à cela quelques bâteaux à voiles ou à rames et quelques petits canots, les uns de bois, les autres d’écorce d’arbre et faits par les sauvages, qui sont menés par un ou deux hommes, souvent par quelques jolies jeunes filles vêtues très-simplement mais proprement, armés chacun d’une pagaye avec laquelle ils font voler leur fragile navire, et tu auras une idée de la vue de toutes les côtes et bayes du nord de la Nouvelle-Angleterre. Cinq milles au-dessus de l’embouchure de la rivière est le principal établissement, car il y a une vingtaine de maisons et un fort de terre et de bois défendu par sept pièces de canon, et par une garnison de 15 à 20 hommes. C’est un colonel nommé Allan qui est le commandeur de cette redoutable place, mais il a un emploi un peu plus important, celui de surintendant de tous les sauvages de cette partie. Je t’ai dit qu’un de nos motifs pour aller à Machias était d’augmenter un peu nos fonds; pour cela nous avions employé les deux mille livres argent de France qui formait notre capital, à acheter du rhum, du sucre et du tabac, que nous comptions vendre aux sauvages ou aux habitans; mais ces derniers n’ayant point d’argent, la saison du poisson salé qu’ils pèchent en assez grande quantité....
The remainder of this letter is lost, and the loss is the more unfortunate because the next movements of the two travellers are somewhat obscure. They appear to have wasted a year at Machias quite aimlessly, with possibly some advantage to their facility of talking, but at a serious cost to their slender resources. In the war, though they were on the frontier, and no doubt quite in the humor for excitement of the kind, they had little opportunity to take part. “I went twice as a volunteer,” says Mr. Gallatin, in a letter written in 1846,[5] “to Passamaquoddy Bay, the first time in November, 1780, under Colonel Allen, who commanded at Machias and was superintendent of Indian affairs in that quarter. It was then and at Passamaquoddy that I was for a few days left accidentally in command of some militia, volunteers, and Indians, and of a small temporary work defended by one cannon and soon after abandoned. As I never met the enemy, I have not the slightest claim to military services.” But what was of much more consequence, he advanced four hundred dollars in supplies to the garrison at Machias, for which he was ultimately paid by a Treasury warrant, which, as the Treasury was penniless, he was obliged to sell for what it would bring, namely, one hundred dollars. Nevertheless he found Machias and the Lesderniers so amusing, or perhaps he felt so little desire to throw himself again upon the world, that he remained all the following summer buried in this remote wilderness, cultivating that rude, free life which seems to have been Serre’s ideal even more than his own. They came at length so near the end of their resources that they were forced to seek some new means of support. In October, 1781, therefore, they quitted Machias and returned to Boston, where Gallatin set himself to the task of obtaining pupils in French. None of his letters during this period have been preserved except the fragment already given, and the only light that can now be thrown on his situation at Boston is found in occasional references to his letters by his correspondents at home in their replies.
1781.
MLLE. PICTET TO GALLATIN.
No. 5.
Genève, 5 février, 1782.