Mille compliments empressés.

Vous savez que M. Sismondi vous a loué dans son discours à St Pierre.

MADAME DE STAËL TO GALLATIN.

Ce 30 septembre.
Paris, Rue de Grenelle St. Germain, No. 105.

Je vous ai écrit de Coppet, my dear sir, et je n’ai point eu de réponse de vous. Je crains que ma lettre ne vous soit pas parvenue. Soyez assez bon pour me dire ce que vous pouvez me dire sur la vente de mes fonds en Amérique. Je suis si inquiète que l’idée me venait d’envoyer mon fils en Amérique pour tirer ma fortune de là. Songez qu’elle y est presque toute entière, c’est à dire que j’y ai quinze cents mille francs, soit en terres, soit en fonds publics, soit chez les banquiers. Soyez aussi assez bon pour me dire si vous restez à Gand. Mon fils en allant en Angleterre pourrait passer par chez vous et vous donner des nouvelles de Paris. Enfin je vous prie de m’accorder quelques lignes sur tout ce qui m’intéresse. Vous pouvez compter sur ma discrétion et sur ma reconnaissance,—et je mérite peut-être quelque bienveillance par mes efforts pour vous servir. Lord Wellington prétend que je ne le vois jamais sans le prêcher sur l’Amérique. Vous savez de quelle haute considération je suis pénétrée pour votre esprit et votre caractère.

Mille compliments.

GALLATIN TO MADAME DE STAËL-HOLSTEIN.

Gand, 4 octobre, 1814.

Ce n’est que hier, my dear madam, que j’ai reçu votre lettre du 23 septembre; celle que vous m’aviez fait le plaisir de m’écrire de Coppet m’était bien parvenue; mais malgré la parfaite confiance que vous m’avez inspirée, il était de mon devoir de ne rien laisser transpirer de nos négociations; et j’espérais tous les jours pouvoir vous annoncer le lendemain quelque chose de positif. Nous sommes toujours dans le même état d’incertitude, mais il me paraît impossible que cela puisse durer longtemps, et je vous promets que vous serez la première instruite du résultat. Malgré les fâcheux auspices sous lesquels nous avions commencé à traiter, je n’avais point perdu l’espérance de pouvoir réussir. Il faut cependant convenir que ce qui s’est passé à la prise de Washington peut faire naître de nouveaux obstacles à la paix. Une incursion momentanée et la destruction d’un arsenal et d’une frégate ne sont qu’une bagatelle; mais faire sauter ou brûler les palais du Congrès et du Président, et les bureaux des différente départements, c’est un acte de vandalisme dont la guerre de vingt ans en Europe, depuis les frontières de la Russie jusques à Paris et de celles du Danemarc jusqu’à Naples, n’offre aucun exemple, et qui doit nécessairement exaspérer les esprits. Est-ce parceque à l’exception de quelques cathédrales, l’Angleterre n’avoit aucun édifice public qui pût leur être comparé? Ou serait-ce pour consoler la populace de la cité de Londres de ce que Paris n’a été ni pillé ni brûlé?

Tout en vous disant cela, je ne me plains point de la conduite des Anglais, qui, si la guerre continue, loin de nous nuire, n’aura servi qu’à unir et animer la nation. Sous ce point de vue, la manière dont on nous fait la guerre doit pleinement rassurer ceux qui avaient des craintes mal fondées sur la permanence de notre union et de notre gouvernement fédératif. Et il n’y a qu’une dissolution totale qui puisse renverser nos finances et nous faire manquer à nos engagements. Je comprends cependant fort bien que lorsqu’on n’est pas Américain, l’on désirerait dans ce moment avoir sa fortune ailleurs que dans ce pays là; je puis avoir des préjugés trop favorables et ne voudrais aucunement vous induire en erreur. Mais il me semble que vendre vos fonds à 15 ou 20 pour cent de perte serait un sacrifice inutile. Ils tomberont probablement encore plus si la guerre continue, mais les intérêts seront toujours fidèlement payés et le capital sera au pair six mois après la paix. Nous nous sommes tirés d’une bien plus mauvaise situation. À la fin de la guerre de l’indépendance nous n’avions ni finances ni gouvernement; notre population ne s’élevait qu’à environ trois millions et demi, la nation était extrêmement pauvre, la dette publique était presqu’égale à ce qu’elle est actuellement; les fonds perdaient de 80 à 85 pour cent. Nous n’avons cependant pas fait faillite; nous n’avons pas réduit la dette à un tiers par un trait de plume; avec de l’économie et surtout de la probité, nous avons fait face à tout, remis tout au pair, et pendant les dix années qui avaient précédé la guerre actuelle nous avions payé la moitié du capital de notre ancienne dette. Au milieu de toutes nos factions, n’importe quel parti ait gouverné, le même esprit les a toujours animés à cet égard. Le même esprit règne encore; nous sommes très-riches; nous étions huit millions d’âmes au commencement de la guerre, et la population augmente de deux cent cinquante mille âmes par an. Si je n’ai pas entièrement méconnu l’Amérique, ses ressources et la moralité de sa politique, je ne me trompe pas en croyant ses fonds publics plus solides que ceux de toutes les puissances européennes.