Mon cher Alphonse Daudet,
J'aurais dû déjà vous remercier de tout le plaisir que vous m'avez fait en m'envoyant Sapho. Je vous suis très-reconnaissant de cette bonne et amicale pensée, qui s'ajoutera désormais, pour moi, au souvenir du livre. Je n'avais pas attendu l'arrivée de votre volume pour le lire—mais cela m'a donné l'occasion de m'y remettre encore et de tirer un peu au clair les diverses impressions que tant d'admirables pages m'ont laissées. Je n'essaierai pas de vous rapporter ces impressions dans leur plénitude—dans la crainte de ne réussir qu'à déformer ma pensée—tout autant que la vôtre. Un nouveau livre de vous me fait passer par l'esprit une foule de belles idées, que je vous confierais de vive voix—et de grand cœur—si j'avais le bonheur de vous voir plus souvent. Pour le moment, je vous dirai seulement que tout ce qui vient de vous compte, pour moi, comme un grand évènement, une jouissance rare et fructueuse. Je vous aime mieux dans certaines pages que dans d'autres, mais vous me charmez, vous m'enlevez toujours, et votre manière me pénètre plus qu'aucune autre. Je trouve dans Sapho énormément de vérité et de vie. Ce n'est pas du roman, c'est de l'histoire, et de la plus complète et de la mieux éclairée. Lorsqu'on a fait un livre aussi solide et aussi sérieux que celui-là, on n'a besoin d'être rassuré par personne; ce n'est donc que pour m'encourager moi-même que je constate dans Sapho encore une preuve—à ajouter à celles que vous avez données—de tout ce que le roman peut accomplir comme révélation de la vie et du drôle de mélange que nous sommes. La fille est étudiée avec une patience merveilleuse—c'est un de ces portraits qui épuisent un type. Je vous avouerai que je trouve le jeune homme un peu sacrifié—comme étude et comme recherche—sa figure me paraissant moins éclairée—en comparaison de celle de la femme—qu'il ne le faudrait pour l'ntérêt moral la valeur tragique. J'aurais voulu que vous nous eussiez fait voir davantage par où il a passé—en matière d'expérience plus personnelle et plus intime encore que les coucheries avec Fanny—en matière de rammollissement de volonté et de relâchement d'âme. En un mot, le drame ne se passe peut-être pas assez dans l'âme et dans la conscience de Jean. C'est à mesure que nous touchons à son caractère même que la situation devient intéressante—et ce caractère, vous me faites l'effet de l'avoir un peu négligé. Vous me direz que voilà un jugement bien anglais, et que nous inventons des abstractions, comme nous disons, afin de nous dispenser de toucher aux grosses réalités. J'estime pourtant qu'il n'y a rien de plus réel, de plus positif, de plus à peindre, qu'un caractère; c'est là qu'on trouve bien la couleur et la forme. Vous l'avez bien prouvé, du reste, dans chacun de vos livres, et en vous disant que vous avez laissé l'amant de Sapho un peu trop en blanc, ce n'est qu'avec vous-même que je vous compare. Mais je ne voulais que vous remercier et répondre à votre envoi. Je vous souhaite tout le repos qu'il vous faudra pour recommencer encore! Je garde de cette soirée que j'ai passée chez vous au mois de février une impression toute colorée. Je vous prie de me rappeler au souvenir bienveillant de Madame Daudet, je vous serre la main et suis votre bien dévoué confrère,
HENRY JAMES.
To Robert Louis Stevenson.
H. J.'s article on "The Art of Fiction" was reprinted in Partial Portraits. Stevenson's "rejoinder" was the essay called "A Humble Remonstrance," included in Memories and Portraits.
3 Bolton St., W.
Dec. 5th [1884].
My dear Robert Louis Stevenson,
I read only last night your paper in the December Longman's in genial rejoinder to my article in the same periodical on Besant's lecture, and the result of that charming half-hour is a friendly desire to send you three words. Not words of discussion, dissent, retort or remonstrance, but of hearty sympathy, charged with the assurance of my enjoyment of everything you write. It's a luxury, in this immoral age, to encounter some one who does write—who is really acquainted with that lovely art. It wouldn't be fair to contend with you here; besides, we agree, I think, much more than we disagree, and though there are points as to which a more irrepressible spirit than mine would like to try a fall, that is not what I want to say—but on the contrary, to thank you for so much that is suggestive and felicitous in your remarks—justly felt and brilliantly said. They are full of these things, and the current of your admirable style floats pearls and diamonds. Excellent are your closing words, and no one can assent more than I to your proposition that all art is a simplification. It is a pleasure to see that truth so neatly uttered. My pages, in Longman, were simply a plea for liberty: they were only half of what I had to say, and some day I shall try and express the remainder. Then I shall tickle you a little affectionately as I pass. You will say that my "liberty" is an obese divinity, requiring extra measures; but after one more go I shall hold my tongue. The native gaiety of all that you write is delightful to me, and when I reflect that it proceeds from a man whom life has laid much of the time on his back (as I understand it), I find you a genius indeed. There must be pleasure in it for you too. I ask Colvin about you whenever I see him, and I shall have to send him this to forward to you. I am with innumerable good wishes yours very faithfully,
HENRY JAMES.