From M. Guizot

Val Richer, ce 22 juillet.

My Dear Sir,—Je réponds à votre aimable lettre du 14 juillet, et je commence par supprimer mon écriture. J'en avais autrefois un qu'on trouvait très jolie, mais, depuis quelques mois, ma main est devenue si tremblante que j'ai renoncé à écrire moi-même. Je ne veux cependant pas tarder davantage à vous dire avec quel plaisir j'ai lu l'article de Mr. Burton sur mon Histoire de France que je viens de trouver dans le numéro 285 de 'l'Edinburgh Review.' C'est excellent; il est impossible de serrer de plus près les diverses parties de mon ouvrage en les analysant d'une manière plus claire et plus frappante. Les liens de l'histoire de France avec l'État, la Couronne, l'Église et les moeurs publiques y sont résumés dans toute leur vérité. Je ne pourrais dans ce moment-ci, avec ma main tremblante, en remercier moi-même Mr. Burton comme je le voudrais faire. Je me promets d'y revenir plus tard. En attendant, je vous prie de le remercier pour moi, en lui disant tout ce que je pense de son parfait résumé. Vous me pardonnerez d'être si bref; je suis encore assez souffrant et fatigué. Je reprends pourtant dans ce moment même la publication périodique des livraisons de mon histoire; elles seront envoyées chaque semaine à Mr. Burton comme à vous, et je serai bienheureux si vous me dites qu'elles vous intéressent autant que les précédents volumes. Pardon, my dear Sir, de ne pas vous en dire davantage. Je suis au Val Richer jusqu'à la fin de l'année. Ecrivez-moi quelquefois, je vous prie, et croyez-moi affectueusement tout à vous,

GUIZOT.

P.S.—C'est ma fille Henriette qui me sert de secrétaire pour ma correspondance comme pour mon histoire. Je n'en retrouverais nulle part un pareil.

This letter, written by Mme. Guizot de Witt, was the last Reeve received from his old friend, who died at Val Richer on September 12th, in his 87th year. A month later he received the following:—

From Mme. Guizot de Witt

Val Richer, ce 20 octobre.

Mon cher Monsieur,—Je savais bien ce que vous senteriez pour nous et aussi pour vous-même. Mon père avait pour vous beaucoup d'amitié. En rangeant ses papiers, au milieu de toutes vos lettres, je trouve une foule de minutes de ses réponses; quelques-unes sont bien belles. Je ne vous parle pas du vide affreux de ma vie et de mon âme. Je sais que Dieu me donnera la force de le supporter en travaillant encore pour ceux qui m'ont quittée. Et le jour du revoir viendra. Mon père est parti tout entier, lui-même jusqu'au bout, dans la possession de son esprit et de son âme, plein de confiance en Dieu, nous recommandant de servir le pays qu'il avait suprêmement aimé et dont les malheurs ont d'abord ébranlé sa santé. Ma Pauline aussi ne s'était jamais relevée de la guerre. Us sont ensemble et en paix. Adieu, mon cher Monsieur. Vous viendrez certainement à Paris cet hiver, et nous vous verrons. Je compte aller dans six semaines retrouver tout mon monde qui y est déjà. Remerciez pour moi Mrs. Reeve et Hope, et croyez à tous mes meilleurs sentiments.

GUIZOT DE WITT.