From the Comte de Paris

18 septembre.—Je m'empresse de vous remercier de votre lettre du 15, qui m'est parvenue hier. Vous savez avec quel plaisir je reçois toujours de vos nouvelles, avec quel intérêt je lis toujours vos appreciations sur la situation de nos deux pays. Malgré de bien grandes différences dans l'état politique, qui sont tout à l'avantage du vôtre, et dans l'état social, qui le sont peut-étre moins, ces deux situations ne sont pas sans analogies. Les modérés, de part et d'autre, comme vous le dites, semblent être peu écoutés, et cependant je suis persuadé que leurs vues finiront par l'emporter des deux côtés du détroit, parce que, sous une surface agitée en apparence, aucune passion violente ne bouillonne dans l'une ou l'autre des deux nations. Vous avez devant vous le grand inconnu de la nouvelle loi électorale; dangereux, parce que l'omnipotence de la Chambre des Communes, favorable au gouvernement parlementaire lorsque cette Chambre se recrutait exclusivement dans la haute classe et en avait l'esprit, pourra être un instrument redoutable pour la liberté et pour toute l'organisation sociale le jour où MM. Chamberlain, Parnell et Bradlaugh auront chacun un parti derrière eux. Heureusement pour vous, l'institution monarchique vous permettra de traverser la crise qu'entraînera la modification de la composition et de l'esprit de la Chambre des Communes. Grâce à cette institution, l'esprit politique du pays pourra rétablir l'équilibre entre les pouvoirs publics. En France, l'expérience de la République démocratique et pacifique s'est faite dans les conditions les plus favorables, et a échoué. Elle n'est ni conservatrice ni réformatrice. Tout en restant bourgeoise, elle est pardessus tout prodigue. Les classes qui payent l'impôt sont parfaitement édifiées sur son compte; celles qui nele payent pas, et qui votent cependant, sont frappées indirectement par l'appauvrissement national et commencent à s'étonner que la République, dont le nom les flatte encore, réponde si mal à leur attente. La République reste bourgeoise parce que le suffrage universel est trop défiant pour chercher des représentants dans le sein de la classe la plus nombreuse. Mais il n'est pas difficile dans les choix qu'il fait dans les rangs d'une classe plus élevée. Le niveau intellectuel et moral des Assemblées qu'il élit s'abaisse à chaque renouvellement. C'est un fait qu'il faudra accepter désormais comme inévitable, et dont il faudra tenir compte dans l'avenir. La République est essentiellement prodigue parce que, toute la machine gouvernementale reposant sur l'élection, les ministres sont obligés de donner aux deputés des places innombrables pour satisfaire la foule encore plus nombreuse de leurs agents électoraux, et de permettre des travaux, des dépenses exagérés dans chaque arrondissement, ici pour favoriser le député républicain, là pour nuire au député conservateur. C'est par là qu'elle périra, parce que le mal est sans remède et s'aggrave chaque jour. Loi générale d'ailleurs. C'est par les finances que périssent les gouvernements définitivement condamnés: témoin l'ancien regime. Cette mort-là est sans résurrection.

Le caractère nouveau de la période électorale qui s'est ouverte pratiquement depuis quelques mois est le réveil des Conservateurs. Ils comprennent enfin qu'ils peuvent et doivent lutter pour défendre la société menacée, les richesses nationales compromises. Ils apportent à cette lutte une ardeur tout à fait nouvelle. Depuis deux ans [Footnote: Since the death of the Comte de Chambord.] je me suis efforcé de faire comprendre à nos amis que la politique avait sub les mêèmes transformations que la guerre; que, pour gagner la victoire sur le terrain politique, il ne fallait rien laisser au hasard, rien confier aux petites coteries; qu'il fallait agir avec de gros bataillons, et que, pour les mouvoir il fallait un système de mobilisation aussi parfait que celui de l'armée allemande. Ces conseils ont été suivis, et les monarchistes se sont préparés à entreprendre la lutte électorale avec une organisation de comités de départeméent, d'arrondissement et de canton, appuyés le plus souvent sur des réunions plénières qui marquent un grand changement dans la vie politique du parti conservateur. Cette organisation se perfectionnera dans les élections mêmes. Elle doit donner un jour, et par l'élection et par l'action plus puissante encore de l'opinion publique, le pouvoir à ceux qui l'auront constituée et qui sauront s'en servir.

A la veille des elections… tandis que tous les autres partis faisaient faire leur programme par un petit comité parisien, craignant qu'une grande réunion ne trahît leurs divisions, les monarchistes ont envoyé des quatre coins de la France des délégués qui, tous animés du même esprit, ont adopté par acclamation le programme soumis à leur approbation. Je dois même dire que nous avons tous été frappés de leur extrême modération. Pas une voix ne s'est élevée pour réclamer en faveur d'un ton plus aggressif. Le programme, retouché sur place par une commission de neuf membres, avait, vous le pensez bien, été soigneusement préparé d'avance; toutes les expressions en avaient été pesées. Aussi suis-je heureux qu'il ait eu l'approbation d'un aussi bon juge que vous.

21 septembre.—Depuis gue je vous al écrit, j'ai lu le grand manifeste de M. Gladstone. De celui-là, on ne peut pas dire qu'il brille par la modération. Il y a des phrases redoutables et effrayantes à l'adresse de la richesse et de la propriété, base de la société. Jamais je n'aurais cru le Gladstone que j'ai connu capable de parler de la Chambre des pairs comme il le fait. Et cependant, une profonde modification dans la composition de la Chambre Haute ne sera-t-elle pas un jour le salut de la cause et des intérêts conservateurs en Angleterre? Si cette Chambre se retrempe au moins partiellement dans l'élection, elle y trouvera, peut-être, une force capable de lui assurer dans le gouvernement une part au moins égale à celle de la Chambre des Communes, au moment où celle-ci baissera en valeur morale proportionnellement à l'extension du suffrage….

En ce moment, il serait bien désirable, également en France et en Angleterre, de voir les modérés de nuances diverses se rapprocher, pour former un véritable parti conservateur: chez vous, anciens whigs et anciens tories; chez nous, les centres droits et les centres gauches. Mais c'est entre ceux qui sont le plus rapprochés en politique que le souvenir des luttes passées laisse les plus profondes rancunes.

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The Journal notes:—

October 12th—Went to town for the Riel [Footnote: Louis Riel had stirred up a rebellion in Manitoba, had been captured, tried, and sentenced to death. He appealed, and the case thus came before the Judicial Committee. On October 22nd the appeal was dismissed, and on November 16th Riel was duly hanged at Regina.] case. Dined with Captain Bridge [Footnote: Now Rear-Admiral Bridge, lately commander-in-chief on the Australian station.] at the United Service Club.

14th.—Second part of 'Greville' published; 2,700 copies subscribed.