On voyait dans toutes nos armées des besoins impérieux et sans cesse renaissans; des secours nuls ou tardifs; des approvisionnemens insuffisans ou de mauvaise qualité et des administrations dévorantes, dont quelques-unes, n’ont d’autre but réel que d’agrandir la fortune de beaucoup d’agioteurs et de quelques capitalistes. Dans nos ports des travaux ralentis et une inertie coupable; partout des trahisons ourdies et des coalitions préparées; des états-majors à refaire ou à épurer; des armées à organiser ou à improviser; des fonctionnaires civils et militaires à surveiller ou à remplacer; des forces à créer sur tous les points menacés par les troubles; des armes à fabriquer; des canons à fondre; la marine à créer; l’esprit public à remonter avec énergie; l’anarchie à attaquer; la discipline à rétablir; des mouvemens contra-révolutionnaires à comprimer et un cahos d’intérêts, de plaintes, de passions, d’abus, de prétentions et de préjugés à débrouiller, au milieu d’une correspondance journalière et centuplée par ces circonstances actuelles. Quel vast génie ou quel courage inépuisable il eût fallu pour répondre tout à coup à des circonstances aussi extraordinaires ou pour dominer des évènemens aussi imprévus? Nous avons borné notre tâche à parcourir d’abord toutes les parties du gouvernement provisoire, et à nous frayer ensuite une route au milieu de cet assemblage énorme de forces et de résistances, de bons et de mauvais principes.

Le premier obstacle qui s’est présenté à nous, est venu du changement dans le ministère de la guerre, que avait précédé notre établissement.

Le second obstacle était dans le ministère de la marine négligé, anéanti même, par un série de ministries royaux, et dont nous avons été forcés de faire changer le chef et plusieurs adjoints.

Là s’est rompue, pour nous, la chaîne des opérations de ces deux départemens, les plus importans dans un temps de guerre de terre et de mer; et nous nous sommes vus privés, tout à coup, de toutes les ressources de l’expérience. Nous n’avons pu recueillir, dans l’agglomération des affaires de cette partie de l’administration publique, que des états inexacts ou des lumières incertaines.

Un aperçu des délibérations du conseil exécutif nous a montré, d’un côté, des travaux incohérens qui n’ont pu avoir aucune espèce de succès à cause des évènemens qui les dominaient; de l’autre, des négligences funestes et des fautes graves que les évènemens suivants ont mieux fait sentir. Depuis les bouches de l’Escaut, ouvertes par un usurpation de la puissance souveraine, jusqu’aux extrémités de la Méditerranée, qui ont été le théâtre de nos revers, et de la versatilité ministérielle, nous n’avons vu ni cette suite d’opérations qui assurent les succès, ne cette prévoyance des mesures qui diminuent les revers. Point d’ensemble, point de conceptions vastes, point de vues hardies, point de plan arrêté, point d’énergie, et partout la terreur de la responsabilité, marchant en avant du ministère, tandis qu’il s’agit de marcher fièrement à la liberté, sans regarder en arrière.

Au mois d’octobre, la résistance à l’ennemi avait donné des conceptions et des forces au conseil exécutif.

Les succès du mois de novembre ont amolli le conseil. Jemmappes a été pour les ministres (sic) la Capoue qui a détruit son énergie et atténué ses travaux.

Le département de l’intérieur, machine trop lourde, trop compliquée pour un homme, quand il serait plein de talens et de moyens d’exécution, avait refroidi pendant longtemps l’esprit public et engourdi les corps administratifs. Il était impossible que la main d’un seul homme pût remuer cette machine énorme surchargée de details, d’une administration immense, d’opérations mercantiles dont le succès est douteux, dont le résultat exige de grands sacrifices, et dont le secret appelle la défiance. La seule ressource que ce ministère disproportionné pouvait trouver, était dans les administrateurs départementaires, dont la plupart, insoucians sur les travaux qui leur sont confiés, négligent de correspondre, ou dont la conduite exagérée et sans mesure leur faisait méconnaître toute subordination.

Le département de la guerre, dans lequel chaque ministre a porté ses préjugés et ses assertions, ses routines et ses haînes; le ministère de la guerre désorganisé sans cesse par la fréquente mutation de ses agens et par la diversité de leurs principes ou de leurs opinions, présentait et présent encore un chaos inextricable, des abus sans nombre, et une impuissance réelle dans tout homme que ne serait pas né très actif dans la manière d’ordonner et entreprenant sur tous les moyens de défense.