Au Rhin, une action qui n’a servi qu’à la destruction des hommes, sans avancer les affaires d’aucun parti, y laisse les choses à peu près dans la même situation qu’auparavant, avec cette différence, que le changement de général qui a été en partie forcé, peut influer sur nos succès. Il est bon d’observer que nos armées dans cette partie se trouvent avoir en tête des forces les plus manœuvrières, et commandées par les généraux les plus accrédités de l’Europe.

Nos généraux, au contraire, portés au commandement pour la première fois, ne peuvent avoir la même habitude et les mêmes avantages que ceux auxquels les grands mouvemens de guerre sont familiers. Les approvisionnemens dans cette partie et les subsistances sont bien assurés.

Dans le Nord, notre situation est très alarmante, et la Convention doit connaître tous ces maux; elle a besoin d’être instruite par le malheur, et de sentir les tristes effets de ses divisions.

Notre armée, repoussée entre Combrai et Bouchain, quittant son camp de Famars pour prendre plus loin celui de Coefar, abandonnant à leurs propres forces Condé et Valenciennes, perdant ses communications avec Douay et Lille d’un côté, et de l’autre avec Maubeuge et le Quesnoy, est exposée à de nouveaux revers, si la présence du général Custine, qui a dû y arriver le 25, ne lui rend pas la discipline qui lui manque et la confiance sans laquelle il n’est point de succès à obtenir dans la guerre.

Si les efforts de ce général ne sont pas promptement secondés par l’union des représentans du peuple, la Convention doit s’attendre à tomber dans une situation plus embarrassante qu’au moment où, pendant la dernière campagne, les esclaves allemands entraient en Champagne, et menaçaient Paris et la liberté. Alors d’heureux hasards, ou plutôt cette destinée qui semble conduire la France, ont disparaître des dangers aussi imminens; mais doit-on compter sur une nouvelle faveur de l’aveugle fortune? ne devons-nous pas craindre une nouvelle invasion, et pouvons-nous nous flatter que toutes nos villes imiteront le généreux dévouement de celle de Maubeuge, qui nous écrit le 26 de ce mois:—“Ici on bat la générale dans cet instant: on a envoyé une partie de notre garnison dans la Vendée; nous restons; nous déjouerons nos ennemis extérieurs et intérieurs, ou nous mourrons libres. La ville sautera si nos murs abattus permettent à l’ennemi de souiller notre enceinte.”

Quant aux besoins de cette armée du Nord, peut-être croira-t-on difficilement que, malgré toutes nos dépenses, la demande qui vient d’être faite au comité, qui a été arrêtée par le commissaire général de l’armée du Nord, et visée par les commissaires de la Convention, monte à la somme de 49 millions.

L’armée qui doit anéantir les révoltés s’organise; il arrive un grand nombre de bataillons à Tours; les postes de la rive droite de la Loire se renforcent, et l’on fait défiler des troupes en poste. Si les rebelles menacent cette rive, ils sont hors d’état d’exécuter ce project; leurs forces ce divisent, mais ils rentrent dans les pays couverts. Les principaux chefs des révoltés sont subordonnés aux prêtres; c’est une véritable croisade; mais les habitans des campagnes commencent à se lasser de cette horrible guerre, et murmurent.

D’un autre côté, on nous écrit qu’il est parti, depuis notre dernier succès, un courier de Bruxelles à Londres, pour engager le cabinet de Saint-James à accélérer un armament tendant à porter sur les côtes de Bretagne des troupes, des armes, des munitions, et à vomir sur nos rivages un corps considérable d’émigrés de Jersey et Guernsey.

Le transfuge Condé a envoyé à Jersey tous les émigrés bretons pour être déposés sur nos côtes et y seconder un des rejetons de la famille de nos tyrans.

On se plaignait presque partout des commissaires des guerres ce corps essentiel des armées va être changé, amélioré sur de nouvelles bases et épuré par des choix patriotiques.