Madame Masquelier Mathilde, femme Decherf Henri, âgé de 62 ans, ménagère demeurant à Doulieu, Rue du Calvaire, qui a déclaré:—Le Dimanche, 11 octobre, 1914, vers 16 heures, deux soldats allemands sont venus me demander deux bêches que je leur ai remises. Peu après, j’ai remarqué dans un champ situé à 40 mètres environ de mon habitation, onze individus civils occupés à creuser une tranchée. Un peu plus loin se trouvait un groupe de soldats ennemis. J’ai regardé ces hommes travailler, puis au bout d’un quart d’heure ils se sont décoiffés, puis se sont mis à genoux. Comme ils se relevaient, j’ai entendu une fusillade et au même moment, ils tombaient tous dans le trou qu’ils venaient de creuser. Deux soldats français prisonniers, appartenant l’un à l’infanterie, l’autre aux chasseurs à pied, sont alors venus et ont recouvert les corps de ces hommes.

Fievet Charles, âge de 60 ans, boulanger épicier, demeurant au Doulieu, hameau de la Bleu Tour, déclare:—Le mardi, 13 octobre, 1914, vers 5 heures 30 du matin, les Allemands qui occupaient notre pays déjà depuis plusieurs jours sont venus chez moi. Ils ont cassé les persiennes, puis les carreaux de vitres des deux fenêtres qui se trouvent sur la rue. M’étant alors levé, ils m’ont dit que je devais partir et qu’ils allaient brûler ma maison. Les rideaux de ces deux fenêtres ont en effet été brûlés. En sortant de mon habitation, j’ai reçu un coup de poing sur la figure, puis aussitôt un coup de crosse sur le côté de l’œil, puis un droit sur la tête. Devant ces brutalités, je me suis sauvé à la ferme de mon voisin Ridez, située à environ 30 mètres en face de ma demeure. Au moment où j’entrais dans la cour de cette ferme, j’ai entendu une détonation et immédiatement j’ai remarqué que mon bras droit tombait naturellement. Je ne ressentais aucun mal. Ce n’est qu’à mon entrée dans cette ferme que j’ai constaté que j’avais le bras droit cassé. J’ignore quel était le but de ces violences, puisque je n’avais rien fait ni rien dit. C’est Monsieur le Docteur Potié de Vieux-Berquin qui me donne des soins. En ce qui concerne le vol et le pillage tant chez moi que chez mes voisins, je certifie que ce sont les Allemands qui ont tout pris. Une liste détaillée a été addressée à M. le Maire du Doulieu.

IV
DEPOSITION OF A SURVIVOR OF THE MASSACRE OF TAMINES
Traduction de la déclaration faite en flamand par V—— A—— F——, mineur à Tamines
Parquet du Tribunal de 1re Instance d’Ypres
Pro Justicia

L’an 1914, le 1 octobre, devant nous, Alphonse Verschaeve, procureur du Roi à Ypres, a comparu, dans notre cabinet, sur invitation de notre part, le nommé V—— A—— F——, 28 ans, mineur domicilié à Tamines, actuellement réfugié à Reninghe, lequel nous a fait sous la foi du serment en langue flamande la déclaration suivante:

Le samedi, 22 août, dans le courant de l’après-midi, les Allemands, au nombre de 200, me semble-t-il, sont entrés dans la commune de Tamines. Immédiatement ils obligèrent tous les habitants (les femmes et les enfants aussi bien que les hommes) à sortir de leurs maisons et à se rendre à l’église. Pendant que nous sortions par la porte de devant, les Allemands pénétraient dans nos demeures par la porte de derrière et y mettaient le feu. Aussi en très peu de temps toute la commune ne formait plus qu’un vaste brasier. Lorsque toute la population se trouvait réunie dans l’église, les femmes et les enfants furent expediés vers le couvent des religieuses, tandis que les hommes (au nombre de 400), furent obligés de se diriger par rangs de quatre vers la plaine, et entre une double haie de soldats allemands. Pendant cette marche les soldats allemands ne cessèrent de tirer sur nous et de cette façon massacrèrent impitoyablement un nombre considérable de mes concitoyens.

Voyant que nombre de mes camarades tombaient, abattus par les coups de feu, je me suis laissé tomber à terre, quoique je n’étais pas blessé, et je suis resté là, immobile, couché sous les cadavres jusque vers le milieu de la nuit suivante; c’est ainsi que j’ai sauvé ma vie. Le lendemain matin, lorsque je me suis relevé, j’ai constaté que nous étions à peine trente habitants qui avions échappé au massacre, mais la plupart des autres échappés étaient blessés; cinq seulement d’entre nous en étaient sortis complètement indemnes. Plus tard dans la journée nous avons été forcés d’inhumer les cadavres de nos 350 concitoyens, puis amenés à une distance de 5 kilomètres; là on nous remit en liberté mais avec défense formelle de remettre encore le pied dans notre commune.

Après lecture il persiste dans sa déclaration et signe avec nous.

(Signed) Alphonse Verchaeve.

(Signed) V—— A—— F——.
Pour traduction conforme,
le Procureur du Roi,
(Signed) A. Verchaeve.

V
FIVE GERMAN DIARIES