S. A. le Lieutenant-Général d'Asie demande la parole. Ce vénérable frère s'exprime ainsi qu'il suit.

"Sérénisme Grand-Maître, et vous tous mes nobles frères:

"Justement et infiniment sensible à l'honneur qui m'a été conféré, par suite de ma nomination, à la haute dignité de Lieutenant-Général d'Asie, je dois vous en témoigner toute ma reconnaissance.

"A mon âge avancé, je puis prétendre à être considéré comme exempt d'ambition: je vois par conséquent dans cet acte de la haute confiance du Grand-Maître, une charge onéreuse et un lourd fardeau, plutôt qu'un avantage: mais, je l'accepte avec respect. Mes soins et mes efforts constans seront toujours employés pour prouver que je n'ai pas fait en vain le serment de fidélité et de soumission à l'ordre et à son chef suprême.

"Je vois dans cette nomination une preuve de la vraie libéralité du Grand-Maître éclairé de cet ordre, essentiellement cosmopolite, où toutes les nations chrétiennes se confondent et co-opèrent ensemble pour le maintien de la paix du monde et de l'harmonie entre les sectes religieuses, par la tolérance, la charité et la protection pour les pélerins en Terre Sainte, contre les pirates et brigands; premier but de sa fondation, qui précéda les autres ordres de la chevalerie moderne, ordres qui n'ont été et ne sont que ses imitateurs: car le notre ne demande que l'occasion de remplir son devoir sacré. Aussi est-ce avec une vive satisfaction que je vois enfin un Grand-Maître apprécier l'importance de l'ordre, et pour la premiére fois, appeler pour un de ses lieutenans, je ne dis pas un anglais, mais un templier de la langue d'Angleterre. Honneur au Grand-Maître qui a fait un tel acte, et qui montre ainsi à toutes les nations, que toutes ont des droits égaux à remplir les diverses charges du Temple: Honneur à ce chef qui a si longtemps et si loyalement conservé le feu sacré, et les traditions, malgré les orages et les persécutions, suite d'une révolution dont l'origine remonte pour nous, a Philippe-le-Bel et au Pape Clement V. Mais espérons qu'enfin nous rentrerons dans tous nos droits; et qu'au lieu de dresser la tente magistrale dans une langue excentrique, un jour nous la dresserons au lieu de notre crèation, dans la ville qui nous appartient, dans la sainte Jérusalem!

"Honneur aux très nobles chevaliers qui se sont montrés penétrés du sentiment de leurs devoirs, et ont donné constamment des preuves qu'ils sont incapables d'oublier leur serment de fidélité et d'obéissance!......

"J'ai déjà communiqué verbalement à S. A. E., devant témoins, ce que j'ai consigné dans mon testament, la disposition formelle, pour la restitution au chef du Temple, d'une croix de l'ordre qui est très ancienne, à en juger par sa forme et la monture des pierres, laquelle croix a appartenu à un de ses Grand-Maîtres, et fut du temps des croisades portée dans la guerre sainte par le roi d'Angleterre Richard Ier, dit Cœur-de-Lion. Ce roi l'a laissée en dépôt entre les mains de l'archevêque de Chypre lors de son départ de cette ile, dont il était Souverain par conquête. J'ai été personnellement décoré de cette croix en 1799, par les mains du dixhuitième archevêque, successeur du dépositaire, qui l'a plaçé sur ma poitrine, en reconnaissance de la réussite de mes efforts, pour rétablir la paix et la protection due à la population chrétienne de l'île, contre l'insurrection des troupes Asiatiques qui avaient assassiné leur chef, appelé le Patrona Bey, et commençaient déjà à se livrer au pillage et au massacre des habitans: désastres que j'ai empêchés par ma présence au milieu de ces furieux, sans armes, le firman du Sultan Selim en main, et par la nomination d'un successeur a Patrona Bey, en vertu de l'autorité supréme qui m'avait été déléguée dans le temps par la Porte Ottomane, sur les forces combinées de terre et de mer dans le Levant.

"L'autorité qui maintenant m'est déléguée par le sérénissime grand-maitre sur le continent d'Asie, pourra en temps et lieu être employée utilement pour protéger la population chrétienne de ces contrées, et le maintien de la hiérarchie de l'ordre. Croyez, que pour la plus grande gloire du Temple, je me ferai un devoir d'employer l'influence que les antécédens m'ont donnée. Les templiers fidèles peuvent compter sur moi."

Le grand-maitre exprime au lieutenant-général d'Asie, les sentimens dont lui et ses frères sont animés pour un Chevalier qui a conquis l'admiration du monde par ses hauts faits maritimes, et a mérité par ses vertus sociales et templières, l'estime et l'affection de tous ses frères. Le grand-maitre lui donne au nom de l'ordre l'accolade fraternelle.

Le Convent Général ordonne que le discours de l'Amiral Sir Sidney Smith soit inséré textuellement au procès-verbal.