(M. Bourrit[20], Nouvelle Description des Alpes.) «Saint-Maurice est entre le Rhône et une montagne; «Quoique la situation de Saint-Maurice paroisse l'exposer au malheur d'être un jour ensevelie sous les ruines des montagnes, cependant on ne vit pas ici avec moins de sécurité qu'ailleurs: ce qu'il y a de plus à craindre, c'est la submersion du pays; ce malheur pourrait arriver si l'une ou l'autre des montagnes qui forment la gorge, venoit à tomber soit par un tremblement de terre, soit par des affaissemens considérables: cette gorge étant étroite, le Rhône ne pourroit plus s'écouler il s'étendroit nécessairement au large, bientôt toute la vallée jusqu'à Martigni, Sion même, rentreroit sous les eaux qui l'ont autrefois couvert, et tout ce pays ne formeroit plus qu'un lac, à moins que le Rhône ne se fît jour sous les rochers renversés, comme il passe au travers de ceux qui semblent lui disputer le passage à cinq-lieues au-dessous de Genève.»

Footnote 20:[ (return) ] M. Bourrit, etc.

«Avant de pénétrer dans le Vallais, il convient d'en donner une idée générale: il forme cette partie des Alpes connue sous le nom d'Alpes Pennines; il contient non-seulement les plus hautes montagnes des Alpes, mais encore la plus longue vallée qui il y ait en Europe, puis qu'elle a trente-quatre lieues depuis Saint-Maurice jusqu'à-la source du Rhône, qui la traverse dans toute cette étendue: sa largeur est depuis demi-lieu jusqu'à une lieue et demie; sa direction suit le soleil. Outre cette vallée, il y en a d'autres qui y viennent aboutir dans diverses directions: celle-ci sont enclavées dans les deux chaînes de montagnes qui bordent la grande vallée; quelques-unes remontent à quatre lieues et même à six, dans les sinuosités que forment les rochers qui bordent les deux côtés du fleuve.»

To give an idea of these valleys which proceed to the icy tops of mountains, or to the high valleys of ice, I shall transcribe some descriptions of this country from the Tableaux de la Suisse Discours, etc. page 21.

«Route au Mont-Saint Bernard.

«On passe par Martigny pour aller au Mont du grand Saint-Bernard; cette ville est un dépôt pour les marchandises qui vont et viennent d'Italie. Le château à côté de cette ville est situé sur des rochers calcaires qui bordent la Drance dans cette partie; ce torrent prend sa source au Mont Saint-Bernard. On compte huit lieues de Martigny à l'Hospice situé sur ce mont; à une demie-lieue on commence à monter insensiblement; le chemin est beau et peut se faire en voiture jusqu'au bourg Saint-Pierre.

«Le vaste base de ces monts accumulés n'est qu'un composé des débris des montagnes supérieures; on rencontre ici des granits roulés, composés de quartz, de feld-spath, et de mica; des graviers et des sables provenant de la décomposition des granits des pierre calcaire grise, puis de grosse masses de granit arrondies, dont il seroit difficile d'assigner l'origine, puisque toutes les montagnes à portée de la vue et qui forme cette gorge sont absolument de pierres micacées par lits et par couches, ou schisteuses mêlées de gros et petits rognons, de filons et de veines de quartz; elles font en général toutes feu avec le briquet. Le chemin et la Drance qu'on passe et repasse plusieurs fois, occupent tout le fond de la vallée qui devient fort étroite. On rencontre des pierres schisteuses, quartzeuses et sablonneuses, seules sans mélange d'autre espèces.

«Saint-Branchier, bon village, est situé entre des montagnes très-hautes et trés-escarpées composées des mêmes espèces des pierres schisteuses micacées que les précédentes; elles sont de couleur bleuâtre, vue en grandes masses et inclinées à l'horison; cette inclinaison suivant la même direction de ce côté ci de la Drance, et les couches se correspondant l'une à l'autre, on voit que ce torrent s'y est creusé un passage. En avançant, on trouve de l'ardoise feuilletée bleue avec des veines de spath calcaire, ensuite une grande quantité de granits et de pierres calcaires roulées, sans que les montagnes environnantes changent d'espèces; les montagnes à l'est sont bien cultivées, rapportent différentes sortes de grains, avant et après avoir passé orsiére; on retrouve de l'ardoise entre ce village et Liddes et les derniers granits roulés.

«La Drance est ici fort resserrée et trés encaissée; ce n'est pas sans frémir qu'on s'apperçoit, quand on est sur deux morceaux de bois jetés d'une roche à l'autre, appellés ici pont, qu'on a un gouffre de plus de trois cent pieds au dessous de soi, il faut être sur cette espèce de pont pour s'en apercevoir et distinguer les différents sinuosités tracées sur chaque côté de cette roche du haut jusqu'en bas; ce sont autant de preuves des différentes hauteurs où l'eau a passé avant de parvenir à sa profondeur actuelle.

«La dernier village qu'on rencontre, avant d'arriver au Saint-Bernard, est le bourg Saint-Pierre, on mont insensiblement jusqu'à ce village, et on ne peut plus se servir de voitures pour aller au-delà. Les montagnes sont plus rapides, il n'y a plus de chemin fait, et on n'en peut point pratiquer, moins a cause de la quantité des rochers dont toute cette partie est couverte que par la difficulté de les entretenir ou de les renouveler chaque année, parce que les torrens et les avalanches les detruiroient; de plus on ne pourroit y travailler que trois ou quatre mois de l'année, les huit ou neuf autres mois le pays, au dela du bourg, étant presque toujours couvert de neige. La truite ne remonte pas au-delà du bourge Saint-Pierre, elle se trouve arrêtée par les cascades et chutes trop considérables de la Vassorée qui va se jetter dans la Drance. Ce torrent sort encaissé et resserré dans le lit qu'il s'est creusé, provient d'un glacier qu'on rencontre en montant le Saint-Bernard qui porte le même nom. L'entrée du valais est fermée et défendue de ce coté par le lit de la Vassorée; c'est le fosse le plus profond et le plus escarpé qui existe. Des ouvrage crénelés et une porte sont placés à l'entrée du bourg Saint-Pierre, nous avons donné un dessin de la chute de ce torrent, on voit le travail des eaux dans le rocher qu'il a miné et où il s'est ouvert un passage.