«(Page 49.) Route au Bains de Loiche. Nous quitterons un moment les bords du Rhône pour visiter les bains de Loiche, afin de ne pas revenir sur nos pas. De Sierre on passe par Claré et Salge, en laissant le Rhône sur la droite; tout ce terrain est calcaire et fort pierreux. A Faren (villages qui ne font point sur les cartes) on commence à monter la montagne de Faren; le chemin est fort rapide et mauvais, et dure une bonne heure et demie; on trouve sur le haut de cette montagne de blocs de granit composés de quartz, de feld-spath, et de mica, d'où viennent-ils? On ne voit que des roches calcaires et point de montagne plus élevée au-dessus; on passe par un bois de pins, on parvient enfin à un escarpement à pic, dont on n'a point d'idée pour la hauteur; on reste stupéfait de voir le gouffre qu'on a devant soi, et on ne prévoit pas trop comment on parviendra dans ce fond, où la vue a peine à distinguer la Dala, gros torrent qui y précipite ses eaux. On a taillé à grands frais un sentier tortueux dans cette roche toute calcaire; On a eu soin de garnir le coté scabreux du sentier avec des pierres ou des garde fou, pour rendre ce passage moins effrayant; ces précautions ne peuvent guérir de la crainte de voir tomber d'énormes quartiers de rochers suspendus au-dessus de soi, ils sont fendus et crevassés partout, et menacent de se précipiter à chaque instant; on ne peut même s'empêcher de remarquer qu'il y en a qui sont tombés nouvellement! Ce sont des mineurs Tiroliens qui ont fait cet ouvrage, ainsi que le passage du Mont-Gemmi.
«Quand on est descendu au tiers environ de cet énorme fond, on passe sur les décombres de cette vaste montagne, et par un bois de pins et de sapins; la vue ne perce pas dans ce fond ténébreux, on entend plutôt le bruit du torrent qu'on ne l'apperçoit. Ayant eu occasion de voir et d'examiner par la suite ces bas et le pied de cette étonnante montagne calcaire, nous avons vu dans plus d'un endroit qu'elle pose, et que ces fondements sont un lit de schistes argilleux ou d'ardoises feuilletées sans mélange, que ce lit est détruit et se détruit dans différens endroits, qu'il est incliné et affaissé dans d'autres, et que c'est la destruction qui a occasionné la chute d'une partie de cette montagne; elle est par-tout à pic de ce côté, et a subi successivement ces renversements qui paroissent plus anciens les unes que les autres, car ces débris sont plus ou moins couverts de bois, d'arbres, et de productions végétales.
«On continue la route à mi côte au travers de ces débris. Le sommet de ces montagnes éclairés par le soleil, étoit peint de rouge, de jaune, de blanc, de bleu, et de noir, dans les endroits où les eaux avoient coulé par-dessus, ils ressemblent de loin à des murailles, des tours, des forts, et des fortifications de différentes formes placées pour se défendre contre des ennemis qui viendroient par les airs. Les neiges qu'on apperçoit dans différents endroits, produisent des chutes d'eau, des cascades, dont partie se réduit en vapeurs avant d'atteindre le bas: le haut des montagnes qu'on voit de l'autre côté de ce vallon, est également calcaire, elles sont plus basses, couverts d'arbres et de sapins; au lieu que celles dont il est question sont nues et arides; elles sont le séjour des neiges et sont partie de la Gemmi.
«Une de plus haute montagnes du Vallais, et située sur une terrain très-élevé, est la Gemmi; elle fait partie de la grande chaîne qui sépare le Canton de Berne du Vallais. Elle est remarquable, à cause de l'importance du chemin qu'on y a pratiqué, des grandes difficultés qu'il a fallu surmonter, et qu'elle est la seule communication entre les deux Cantons. Nous parlerons de ce chemin, après avoir décrit la nature de ce prodigieux rocher. La Gemmi est la partie la plus haute de cette chaîne qui commence aux galleries; elle est en general calcaire. On commence a monter insensiblement en sortant de Loiche; on traverse beaucoup de pâturages; on voit quelques champs de seigle qui étoient encore sur pied et à moitié verts, des bosquets et de petits bois de sapins. Des masses considérables des rochers, des monceaux de pierres entassées descendues des hauteurs, couvrent cette superficie qui devient d'autant plus rapide qu'on approche plus du pied du rocher: cette pente qui est au pied de l'escarpement et de toutes les autres montagnes, est formé des pierres et des sables qui tombent des hauts et produisent, à la longue, des talus formes en pain de sucre, adosses contre les parties escarpées; les plus grosses pierres roulent et se précipitent plus bas, servent de point d'appui aux nouveaux matériaux qui s'y arrêtent, augmentent la hauteur des talus, en élargissant les basis, et finissent par devenir des montagnes très considérables qui ont augmenté en raison de la quantité des débris qu'ont pu fournir les parties plus élevées; c'est ce qu'on nomme montagnes de troisième formation, composées des ruines de celles qui dominent ces talus; ces éboulemens sont ordinairement plus fertiles, plus couverts de végétaux, d'arbres et de forêts, sur-tout s'ils sont composés de différentes espèces de débris. Nous avons déjà vu que les montagnes calcaires sont elles-mêmes assises sur des couches et des lits d'ardoise ou de schiste, qui, par l'arrangement de leurs feuillets et de leurs couches, paroissent aussi avoir été arrangés et formés successivement; quelle est donc la base primitive sur laquelle sont appuyées et reposent ces masses qui étonnent l'imagination, à quelle profondeur faudra-t-il l'aller chercher? Si nous concevons la formation et la manière dont se sont accrues et élevées ces troisièmes montagnes, pouvons-nous imaginer comment se sont arrangées celles qui sont si élevées au-dessus d'elles, ce tout que rien ne domine. C'est en examinant en considérant ces grands spectacles que ces réflections nous viennent; nous nous arrêtons, pour continuer à décrire ce que nous avons vu et remarqué, qui est la tâche que nous nous sommes imposée.
«En arrivant au pied de l'escarpement, le premier objet qui frappe la vue, ce sont des bancs de schistes ou d'ardoises bleuâtres, mêlés de larges filons de quartz qui forment la base, et les fondemens sur lesquels est élevé ce mur de pierres calcaires. Car cette roche est élevée de même à pic; ce lit d'ardoises est un peu incliné vers le couchant, ainsi que tout ce qui repose dessus; la destruction de ce lit a causé, ainsi qu'aux galeries, la chute des rochers supérieurs, et leur a occasionné cet à-plomb. Avant ces éboulements, ces couches schisteuses devoient être découvertes à une grande hauteur, être exposées aux injures du tems et des saisons, se détruire et se décomposer plus aisément. Peut-être que l'enveloppe calcaire les couvroient entièrement, et que ces schistes n'ont commencé à se détruire qu'après la ruine de la pierre calcaire. Actuellement ces schistes sont enterrés et couverts; ce n'est qu'en peu d'endroits qu'on les apperçoit; appuyés soutenus et couverts par ces immenses débris en talus, ce sont des contre forts qui les aiderons à supporter plus longtemps les prodigieuses masses sous lesquelles ces schistes sont ensevelis. Nous allons placer par ordre les différentes substances, telle qu'elle se présentent en montant.
«1. Base de schiste ou d'ardoise feuilletée bleuâtre, traversé, de larges filons de quartz. On ne voit, on ne peut estimer son épaisseur dont partie est enterrée.
«2. Immédiatement dessus pose la pierre calcaire, elle est d'une grain fin, serré, couleur grise-jaunâtre, ainsi que toute le reste.
«3. Des filons de différentes épaisseurs, d'un spath calcaire jaunâtre.
«4. Quelques petits filons ou renules de schiste pur.
«5. De la pierre calcaire d'un grain plus grossier.