Mon: le Conte de Montgommery est de l’autre bord de la riviere de la Garonne tenant tout le pais de la jusqs en Bearn et jusques a Lengon, et au hault de la riviere jusqs a Haultvillar qui de son coste amasse le plus de finances quil peut. Il ny a point dennemys qui facent teste, ou donnent empeschemt. Ilz se tiennent clos & couverts dedans les villes et laissent la campaigne libre aux dictzsrs Princes. Mons. le Maral Danville se tient a Tholose, et monsr de Montluc a Agen. Ilz ont des forces mais separees & mal unies de voluntez et de lieux. Le Sr de la Vallette avoit este envoyé pour les rassembler et s’essayer de faire plus que lesditz Srs Danville et Montluc mais il s’en est retourné sans rien faire.

Monsr de Pilles et ceux qui estoient dedans St Iehan sont venuz au camp bien sains et gaillards, ayans soubstenu le siege tant que les pouldres ont duré & faict actes aussy belliqueux & magnanimes qui se sount faictz de notre cage en siege de ville.

Il avoit este faict ung pont a batteaux sur lad. riviere de la Garonne sur lequel hommes, chivaux charettes et artillerie avoient passé huyt jors durant, mais tant par la rive des eaux que par la faulte dung qui estoit alle prendre ung moulin des ennemys por lamener aud. port de Ste Marie. lad. moulin luy est eschappe et a choque et rompu led. pont. Si est ce quon y a depuis donne tel ordre quon ne laisse de passer.

Il y a plusrs advertissements quil y a quatre mil Espaignolz a la frontiere d’Lespaigne & que le Prince Daulphin s’en va les trouver avec une troupe de cavalerie por ler faire escorte.

Mr de Lavauguyon est venu entre les deux rivieres de la Dordogne et du Loth avec vingt cornettes de cavalerie pour tenir les passages desdictes rivieres. doubtant que Messrs les Princes les veillent repasser, mais cela na empesché le Sr de Pilles de passer le Loth, et saprocher desdictes cornettes, esperant les reveoir de plus pres en brief.

Les reistres des dictz seigneurs Princes ont receu ung payement, et son, si bien satisfaictz et contens que jamais ne fut veu une plus obeissante nationt. Ilz sont partie dela la riviere auec M. le Conte de Montgommery et partie decha, ne faisans difficulte de se separer et recevoir le commandant de tous ceux quil est ordonné et d’aller en tous lieux ou il ler est commande.

Mons. le Conte de Mansfeld faict infiniz bons offices tous les jors, esquelz il monstre ung zele a ceste cause avec une magnanimité, de laquelle il ne cede a person quelconques. Et ne fault doubter que Dieu ne layt envoyé pour ung tresgrand bien et necessaire comme aussy le Conte Ludovic de Nassau prince tresvertueux et fort advisé.

Quand a la negotiation de la paix, les admis de la Rochelle portent que ung moys durant le Roy et la Royne ont souvent envoye devers la Royne de Navarre pour l’exhorter a entendre au bien de la paix et haster les deputez, lesquelz ont longuement differé a cause des difficultez qui ont este mises en avant tant por le peu de seurete quon trouvoit aux passeportz qui estoient envoyez de la partie de lers majestez, que por la distance du lieu, ou le pourparte de lad. paix estoit assigné et ordonné, qui est la ville d’Angiers, en laquelle a Cort se retrouve a present.

Finalement leurs majestes ont renvoyé autres passeportz, et depesché le sr du Croq ler me d’hostel, pour conduire lesdictz deputez, lesquelz furent nomez au conseil tenu a la Rochelle le xme de Ianvier, ascavoir, les srs de Beauvoir la Nocle lieutenant de feu Mons. d’Andelot, Cargeoy gentilhomme de Bretaigne, Compain chancelier et la Chassetiere Brodeau secretaire de la Royne de Navarre. Le Sr de Theligny est aussy des deputez, mais avec sauf conduit pour et retourner quand bon luy semblera et besoing sera, pour raporter noles de lad. negotiation a lad. Dame Royne et a Messeigneurs les Princes et Mons. l’Amiral selon les occurrences.

Et encore qu il semble que le Roy desire la paix et quon ayt advis quil la veult faire a quelque pris que ce soit, si est ce que pour le peu de foy et seurete quon a esprouve par deux foys en celle qui a este faute, on est resolu de la faire a ce coup avec laide de Dieu bonne, asseuree et inviolable. Et a ceste fin on a baille aux dictz deputez ung pouvoir si restraint quilz ne peuvent rien conclure sans premier avoir ladvis de lad. dame Royne desdicts Srs Princes et dud. Sr Amiral, et jusqs a ce quil ayt este par les susdictz dame Princes et Srs arreste. Ce qui ne se fera sans pallablement avoir surce le conseil et deliberation de nos confederez et de ceux qui nous ont favorise, aide et secouru en ceste cause comme il est raisonable, et a fin de pouvoir mieux asseurer lad. paix; esperans que en y procedant de ceste facon et establissant le pur service de Dieu par dessus toutes choses il honora les actions de ceux qui y seront employez.