22059.—AU MARÉCHAL COMTE GROUCHY
Commandant l’aile droite de l’armée du Nord.
Charleroi, 16 juin 1815.
Mon Cousin, je vous envoie Labédoyère, mon aide de camp, pour vous porter la présente lettre. Le major général a dû vous faire connaître mes intentions; mais, comme il a des officiers mal montés, mon aide de camp arrivera peut-être avant.
Mon intention est que, comme commandant l’aile droite, vous preniez le commandement du 3e corps que commande le général Vandamme, du 4e corps que commande le général Gérard, des corps de cavalerie que commandent les généraux Pajol, Milhaud et Exelmans; ce qui ne doit pas faire loin de 50,000 hommes. Rendez-vous avec cette aile droite à Sombreffe. Faites partir en conséquence, de suite, les corps des généraux Pajol, Milhaud, Exelmans et Vandamme, et, sans vous arrêter, continuez votre mouvement sur Sombreffe. Le 4e corps, qui est à Châtelet, reçoit directement, l’ordre de se rendre à Sombreffe sans passer par Fleurus. Cette observation est importante, parce que je porte mon quartier général à Fleurus et qu’il faut éviter les encombrements. Envoyez de suite un officier au général Gérard pour lui faire connaître votre mouvement, et qu’il exécute le sien de suite.
Mon intention est que tous les généraux prennent directement vos ordres; ils ne prendront les miens que lorsque je serai présent. Je serai entre dix et onze heures à Fleurus; je me rendrai à Sombreffe, laissant ma Garde, infanterie et cavalerie, à Fleurus; je ne la conduirais à Sombreffe qu’en cas qu’elle fût nécessaire. Si l’ennemi est à Sombreffe, je veux l’attaquer; je veux même l’attaquer à Gembloux et m’emparer aussi de cette position, mon intention étant, après avoir connu ces deux positions, de partir cette nuit, et d’opérer avec mon aile gauche, que commande le maréchal Ney, sur les Anglais. Ne perdez donc point un moment, parce que plus vite je prendrai mon parti, mieux cela vaudra pour la suite de mes opérations. Je suppose que vous êtes à Fleurus. Communiquez constamment avec le général Gérard, afin qu’il puisse vous aider pour attaquer Sombreffe, s’il était nécessaire.
La division Girard est à portée de Fleurus; n’en disposez point à moins de nécessité absolue, parce qu’elle doit marcher toute la nuit. Laissez aussi ma jeune Garde et toute son artillerie à Fleurus.
Le comte de Valmy, avec ses deux divisions de cuirassiers marche sur la route de Bruxelles; il se lie avec le maréchal Ney, pour contribuer à l’opération de ce soir, à l’aile gauche.
Comme je vous l’ai dit, je serai de dix a onze heures à Fleurus. Envoyez-moi des rapports sur tout ce que vous apprendrez. Veillez à ce que la route de Fleurus soit libre. Toutes les données que j’ai sont que les Prussiennes ne peuvent point nous opposer plus de 40,000 hommes.
NAPOLÉON.