"Sur la voie blanche, dans ces nuits transparentes, la seule recontre que je faisais était celle du R. P. Adone Doni, qui alors travaillait comme moi tout le jour dans l'ancienne académie degli Intronati. J'avais tout de suite aimé ce cordelier qui, blanchi dans l'étude, gardait l'humeur riante et facile d'un ignorant.

"Il causait volontiers. Je goûtais son parler suave, son beau langage, sa pensee docte et naïve, son air de vieux Silène purifié par les eaux baptismales, son instinct de mime accompli, le jeu de ses passions vives et fines, le génie étrange et charmant dont il etait possédé.

"Assidu à la bibliothèque, il fréquentait aussi le marché, s'arrêtant de préférence devant les contadines, qui vendent des pommes d'or, et prêtant l'oreille à leur libres propos.

Il apprenait d'elles, disait-il, la belle langue toscane. . . . Je crus m'aperçevoir en effet qu'il inclinait aux opinions singulières. Il avait de la religion et de la science, mais non sans bizarreries. . . . C'est sur le diable qu'il professait des opinions singulières. Il pensait que le diable était mauvais sans l'être absolument et que son imperfection naturelle l'empêcherait toujours d'atteindre à la perfection du mal. Il croyait aperçevoir quelques signes de bonté dans les actions obscures de Satan, et, sans trop l'oser dire, il en augurait la rédemption finale de l'archange méditatif, après la consommation des siècles. . . . Assis sur la margelle, les mains dans les manches de sa robe, il contemplait avec un paisible etonnement les choses de la nuit.

"Et l'ombre qui l'enveloppait laissait deviner encore dans ses yeux clairs et sur sa face camuse l'expressions d'audace craintive et de grâce moqueuse qui y etait profondement empreinte. Nous échangions d'abord des souhaits solennels de bonne santé, de paix et de contentement. . . .

"Tandis qu'il parlait, la lumiere de la lune coulait sur sa barbe en ruisseau d'argent. Le grillon accompagnait du bruissement de ses élytres la voix du conteur, et parfois, aux sons de cette bouche, d'où sortait le plus doux des langages humains, répondait la plainte flutée du crapaud, qui, de l'autre côté de la route, écoutait, amical et craintif."

The beautiful delicacy of that single touch "sur la voie blanche, dans ces nuits transparentes" is characteristic of a thousand others of a similar kind sprinkled among his books, where gentle and whimsical spirits discourse upon God and the Universe.

He has a most exquisite genius for these little chance-accompaniments of such human scenes. "L'Orme du Mail" is full of them; and so is "Les Opinions de M. Jérôme Coignard."

In "Sur la Pierre Blanche" the impish humour of accidental encounter brings forward nothing less than the death of Stephen the Proto-Martyr, as an irrelevant interruption to the amorous pleasures of one of his least attractive philosophers.

Full of malicious interest as he is in all the outward events of nations and societies, it is always evident that what Anatole France really regards as worthy of tender consideration is the conversation of quaint minds and the "Humeur riante et facile" of wayward and fantastic souls.