"Cependant," dit Thomas, "on a vu des peintres de talent qui étaient partis de Paris après avoir exposé de bons tableaux et qui s'en revenaient classiquement ennuyeux. C'est done la faute de l'enseignement de l'Académie."

"Bah!" dit Gérard, "rien n'arrête le développement d'un homme puisqu'il comprend l'art, pourquoi ne fait-il pas d'art?"

"Parce qu'il gagne à peu près sa vie en faisant du commerce."

"On dirait que tu ne veux pas me comprendre, toi qui as justement passé par là. Comment faisais-tu quand tu étais compositeur d'une imprimerie?"

"Le soir," dit Thomas, "et le matin en hiver, à partir de quatre heures, je faisais des études à la lampe pendant deux heures, jusqu'au moment où j'allais à l'atelier."

"Et tu ne vivais pas de la peinture?"

"Je ne gagnais pas un sou."

"Bon!" dit Gérard; "tu vois bien que tu faisais du commerce en dehors de l'art et que cependant tu étudiais. Quand tu es sorti de l'imprimerie comment as-tu vécu?"

"Je faisais cinq ou six petites aquarelles par jour, que je vendais, sous les arcades de l'Institut, six sous pièce."

"Et tu en vivais; c'est encore du commerce. Tu vois done que ni l'imprimerie, ni les petits dessins, à cinq sous, ni la privation, ni la misère ne t'ont empêché d'arriver."

"Je ne suis pas arrivé."

"N'importe, tu arriveras certainement. . . . Si tu veux d'autres exemples qui prouvent que la misère et les autres piéges tendus sous nos pas ne doivent rien arrêter, tu te rappelles bien ce pauvre garçon dont vous admiriez les eaux-fortes, que vous mettiez aussi haut que Rembrandt, et qui aurait été lion, disiez-vous, s'il n'avait tant souffert de la faim. Qu'a-t-il fait le jour où il lui est tombé un petit héritage du ciel?"

"Il est vrai," dit Thomas, embarrassé; "qu'il a perdu tout son sentiment."

"Ce n'etait pas cependant une de ces grosses fortunes qui tuent un homme, qui le rendent lourd, fier et insolent: il avait juste de quoi vivre, six cents francs de rentes, une fortune pour lui, qui vivait avec cinq francs par mois. Il a continué à travailler; mais ses eaux-fortes n'étaient plus supportables; tandis qu'avant, il vivait avec un morceau de pain et des légumes; alors il avait du talent. Cela, Thomas, doit te prouver que ni les mauvais enseignements, ni les influences, ni la misère, ni la faim, ni la maladie, ne peuvent corrompre une nature bien douée. Elle souffre; mais trouve moi un grand artiste qui n'ait pas souffert. Il n'y a pas un seul homme de dénie heureux depuis que l'humanité existe."

"J'ai envie," dit Thomas, "de te faire cadeau d'une jolie cravate."

"Pourquoi?" dit Gérard.

"Parce que tu as bien parlé."

[75] See ante, p. 343, § 73.—Ed.

[76] Chapter VI., which is here omitted, having been already reprinted in The Queen of the Air (§§ 142-159), together with the last paragraph (somewhat altered) of the present chapter. After the publication of Chapter VI. the essays were discontinued until January 1866.—Ed.

[77] Art Journal, vol. v., pp. 9, 10. January 1866.—Ed.

[78] Routledge, 1864. The engraving is all by Dalziel. I do not ask the reader's pardon for speaking of myself, with reference to the point at issue. It is perhaps quite as modest to relate personal experience as to offer personal opinion; and the accurate statement of such experience is, in questions of this sort, the only contribution at present possible towards their solution.

[79] Art Journal, vol. v., pp. 33-4. February 1866,—Ed.

[80] It may be, they would not ask larger incomes in a time of highest national life; and that then the noble art would be far cheaper to the nation than the ignoble. But I speak of existing circumstances.

[81] I have never found more than two people (students excepted) in the room occupied by Turner's drawings at Kensington, and one of the two, if there are two, always looks as if he had got in by mistake.

[82] Art Journal, vol. v., pp. 97-8. April 1866.—Ed.

[83] The present paper was, however, the last.—Ed.