Further Extract from Protocols of the Madrid Conference (1880).

Protocole No. 12.—Séance du 26 Juin, 1880.

Le Président observe que la Conférence, ayant accompli, et au delà, la tâche qu'elle s'était proposée, est à la veille de se dissoudre. Mais il doit porter à la connaissance de ses membres, avant qu'ils ne se séparent, une communication importante qui a été adressée par le Saint-Siège au Gouvernement de Sa Majesté Catholique.

M. Canovas del Castillo donne lecture de la production suivante d'une lettre, en date du 4 Mai, 1880, qu'il a reçue de son Eminence le Cardinal Nina:

"Excellence,—Le Saint-Père, obéissant au devoirs de sa mission apostolique, ne peut que mettre à profit toutes les occasions qui se présentent de veiller aux intérêts du Catholicisme, sur n'importe quel point du globe. Ayant appris que dans le courant de ce mois un Congrès Diplomatique doit se réunir sous votre présidence pour s'occuper des affaires du Maroc, Sa Sainteté, tout en reconnaissant que parmi les questions qui seront soumises à la délibération de la Conférence, celle qui se rapporte à la liberté religieuse dans l'Empire Marocain n'a pas été particulièrement désignée, croit cependant que rien n'interdirait aux Plénipotentiaires réunis à Madrid de porter leur attention sur un sujet si important pour le bienêtre des habitants du Maroc, quand même il ne serait considéré qu'au point de vue matériel.

"Il n'est point douteux que, de même qu'au dernier Congrès de Berlin les appels faits par mon illustre prédécesseur, le Cardinal Franchi, aux Représentants de la France et de l'Autriche, MM. Waddington et Andrássy, eurent pour résultat de faire accueillir et voter, avec l'approbation générale, les demandes de Sa Sainteté relatives à la liberté de la religion Catholique pour les sujets de la Sublime Porte et des États qui l'avoisinent, de même la proposition que je fais en ce moment trouvera un accueil non moins favorable de la part des dignes Représentants à la veille de se réunir dans la capitale d'une nation si dévouée au Saint-Siège, et liée par tant d'intérêts à l'Empire du Maroc. D'autre part, il n'est pas permis de présumer que le Gouvernement Marocain, uni par un lien si étroit au Représentant suprême de l'Islamisme, puisse se réfuser à suivre l'exemple qui lui a été offert par l'adhésion de l'Empereur des Ottomans aux Articles stipulés dans le Congrès de Berlin, lorsque la Conférence qui va se réunir lui proposera d'adopter une résolution analogue.

"Obéissant à ces considérations, le Saint-Père m'a chargé de m'adresser à votre Excellence, digne Président de l'Assemblée, et de faire appel, en son nom Pontifical, à ses sentiments comme Catholique et comme Espagnol, afin quelle veuille bien se charger de proposer et de défendre au sein du Congrès la proposition sus-indiquée, qui porte que les sujets du Sultan, ainsi que les étrangers, jouiront au Maroc du libre exercice du culte Catholique, sans que par ce motif ils aient à souffrir tort ou préjudice dans leurs droits civils ou politiques.

"Le Saint-Père ne méconnait point les obstacles qu'oppose l'état actuel du Maroc à la réalisation de cette liberté; mais ces obstacles, loin de décourager, doivent stimuler les cœurs généreux qui n'envisagent que la grandeur du but à atteindre.

"Du reste, une fois que le Gouvernement Marocain aura accepté le principe en question, et pris vis-à-vis des Puissances étrangères l'engagement de s'y conformer, si ces Puissances, d'accord avec l'Espagne, dont les relations avec le Maroc présentent un caractère tout spécial, voulaient prendre une attitude semblable à celle qu'elles ont adoptée en Orient, on pourrait avec raison espérer que le progrès de la civilisation améneraient bientôt, par des voies pacifiques, le libre exercice du culte Catholique dans ces régions Africaines.

"En me conformant aux ordres de l'auguste Pontife, je dois en même temps vous faire savoir que le Saint-Père est animé d'une conviction intime que vous répondrez à son appel paternel et que les Représentants des autres Puissances seconderont vos efforts, en accueillant avec faveur une demande conforme aux principes aujourd'hui admis du droit public international.