Suit le bulletin.—Détails des succès remportés par plusieurs partis de Canadiens et Sauvages durant l’hiver
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Les Anglais ont eu tout l’hiver le projet de surprendre ou bombarder Carillon et s’y sont présenté plusieurs fois. Le Sr d’Hebencourt, Capitaine au régiment de la Reine qui y a été établi commandant après la Campagne, et la garnison out été très alerte, les courses des Anglais ont toujours été infructueuses et le Sieur d’Hebencourt instruit qu’ils avaient en campagne un parti de 200 hommes, profita le 13 mars de l’heureuse circonstance de 200 Iroquois ou Nepissingues du Sault St. Louis et du Lac des Deux Montagnes arrivés la veille avec le Sr. Durantaye et plusieurs cadets de la Colonie, le Sieur de Langry Officer très intelligent, quelques Lieutenans et Sergens de nos bataillons que le zèle seul y fit marcher s’y joignirent. Le détachement Anglais composé des soldats d’élite et de 12 officers, commandé par le Major Roger leur meilleur partisan a été totalement défait les Sauvages ont rapporté 146 chevelures, peu de prisonniers, seulement quelques uns pour donner des lettres vivantes à leur père, expression dont les Sauvages nomment les prisonniers. Le reste aura péri de misère dans les bois. Quelques uns, entr’eux deux officiers du Régiment de Blekins se sont rendus d’eux mêmes prisonniers à notre fort de Carillon au bout de cinq jours leur guide ayant expiré la veille.
Nous avons perdu à cette action huit sauvages et nous avons eu 17 blessés ainsi que deux cadets de la colonie et un canadien. On a couvert les morts avec grande cérémonie. On a fait des présens au nom du Roy aux families. Le Gouverneur général recompensera la bravoure de nos Iroquois par une promotion et donnant quelques haussecols et médailles à ceux qui se sont distingués, ils en seront plus animés à venger la perte qu’ils out fait.
ARCHIVES PUBLIQUES DU CANADA.
CORRESPONDANCE GENERALE.
Série B. Vol. 104, p. 133.
A Montréal le 28 9bre 1759.
Monseigneur
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Il ne falloit rien moins, Monseigneur, que le succès du Détachement que j’avois confié au Sr de la Durantay pour faire renoncer nos ennemis à leurs préparatifs pour faire escalader en hiver Carillon. Les Srs la Durantay et de Richerville ayant été compris dans la promotion de 1757 en qualité d’enseignes en pied. J’ay placé aussy le Sr de la Chevrotière comme enseigne on second, j’ay prématuré les favorables dispositions de Sa Majesté à leur égard en les faisant participer aux 6000 lb qu’elle a accordée sur son état de 1757 aux Canadiens qui se sont le plus distingués. Je leur donnay d’abord à chacun 200 lb. Vous verrés, Monseigneur, par une de mes lettres que je n’ay pas encore recû cette somme. Le Corps de nos officiers est en général penetré de l’attention dont Sa Majesté honore leurs services et des recompenses qu’elle est disposée à leur accorder. Je n’ay eu rien de plus pressé que de les en instruire.
Le Sr Robert Roger qui étoit à la tête du Detachement que nos Cadets defirent, eut le secret de s’échaper lorsqu’il vit la perte évidente, il laissa sur le champ de bataille son habit et même l’ordre qu’il avoit de son Général, ce qui me donnoit tout lieu de croire qu’il y avoit peri d’autant mieux qu’un sauvage m’assura qu’il l’avoit tué lui-même.