Et je vois dans cet univers,
Qu’on aime à changer de posture.’
“Je vous suis très obligé de l’offre que vous me faites d’ecrire ma vie, au lieu de mon Oraison funèbre. Mon amour propre trouve à se satisfaire dans ce Projet, et ce sera une chose egalement nouvelle et curieuse de voir la vie d’un Philosophe écrite de la main d’une Dame, qui n’approuve ni ses maximes ni ses inclinations. Mais quoi qu’il en puisse etre c’est trop d’honneur pour moi d’avoir une telle historiographe pour ne pas accepter votre offre; et quand bien meme j’aurois à essuyer quelque trait de satyre parmi les Eloges, je ne pourrois que vous savoir bon gré d’avoir voulu vous exercer sur un sujet dont le principal merite seroit d’avoir passé par vos mains.
“Pour dire tout le mal que vous dites de vous même, vous avez sans doute des raisons que je n’ai pas pour le croire; et tant que je les ignorerai, je ne puis pas vous voir par d’autres yeux que par les miens. Mais puisque vous vous accusez d’etre si vaine, je dois vous taire ce que je pense de vous, de peur d’augmenter encore la vanité dont vous vous dites coupable. Restons chacun dans l’idée que nous avons, vous en serez plus humble, sans que je sente diminuer pour vous mon amitié et mon estime.
“Le Duc et la Duchesse de Portland sont venus ici pour la naissance du Roi. Ils repartirent hier pour Bullstrode, où je vous conseillerois volontiers lorsque Mr. Montagu vous aura quittée d’aller passer quelque temps. Vous y auriez un peu plus de compagnie, et la votre ne gateroit rien à la leur.
“Mrs. Donnellan sera ici demain ou le jour d’après. J’ai toujours regardé la promesse qu’elle vous avoit faite comme un compliment sans consequence, et je n’ai pu m’imaginer qu’elle put revenir de King’s Weston qu’en compagnie, ce qui lui ôteroit la liberté de vous voir.
“Je suis très obligé à Mr. Montagu et à Miss Robinson de leur souvenir. Mes amitiés à l’un et à l’autre. Independamment de ce que je leur dois, il suffit qu’ils vous appartiennent, pour qu’ils me soient chers.
“Voici, Madame, une longue lettre. Peut etre vous ennuyera-t-elle? En ce cas jettez la au feu avant que d’en achever la lecture. Une autre fois je serai plus court, et me contenterai de vous dire que je vous aime autant que vous le meritez, c’est à dire beaucoup, et que je suis très sincerement tout à vous.
“Le Courayer.
“À Londres, ce 3 Novembre, 1747.”