Il faut que je le croie! Désespère une passion dangereuse, sauve-moi des effets que j'en crains; tu ne me hais, ni ne m'aimes, ni ne m'aimeras! Accable mon coeur de cette certitude-là! J'agis de bonne foi, donne-moi du secours contre moi-même: il m'est nécessaire, je te le demande à genoux.
(Il se jette à genoux. Dans ce moment, M. Orgon et Mario entrent, et ne disent mot.)
SCÈNE X.
M. ORGON, MARIO, SILVIA, DORANTE.
SILVIA.
Ah! nous y voilà! il ne manquoit plus que cette façon-là[155] à mon aventure! Que je suis malheureuse! C'est ma facilité qui le place là. Lève-toi donc, Bourguignon, je t'en conjure: il peut venir quelqu'un. Je dirai ce qu'il te plaira. Que me veux-tu? Je ne te hais point. Lève-toi; je t'aimerois si je pouvois; tu ne me déplais point, cela doit te suffire.
DORANTE.
Quoi! Lisette, si je n'étois pas ce que je suis, si j'étois riche, d'une condition honnête, et que je t'aimasse autant que je t'aime, ton coeur n'auroit point de répugnance pour moï?
SILVIA.
Assurément.