DUBOIS.

Ah! vous en avez bien soixante pour le moins.

DORANTE.

Et tu me dis qu'elle est extrêmement raisonnable.

DUBOIS.

Tant mieux pour vous, et tant pis pour elle. Si vous lui plaisez, elle en sera si honteuse, elle se débattra tant, elle deviendra si foible, qu'elle ne pourra se soutenir qu'en épousant; vous m'en direz des nouvelles.[15] Vous l'avez vue, et vous l'aimez.

DORANTE.

Je l'aime avec passion, et c'est ce qui fait que je tremble.

DUBOIS.

Oh! vous m'impatientez avec vos terreurs: eh! que diantre![16] un peu de confiance; vous réussirez, vous dis-je. Je m'en charge, je le veux, je l'ai mis là[17]; nous sommes convenus de toutes nos actions, toutes nos mesures sont prises; je connois l'humeur de ma maîtresse, je sais votre mérite, je sais mes talents, je vous conduis, et on vous aimera, toute raisonnable qu'on est; on vous épousera, toute fière qu'on est, et on vous enrichira, tout ruiné que vous êtes, entendez-vous? Fierté, raison et richesse, il faudra que tout se rende. Quand l'amour parle, il est le maître, et il parlera. Adieu; je vous quitte. J'entends quelqu'un: c'est peut-être monsieur Remy. Nous voilà embarqués, poursuivons. (Il fait quelques pas, et revient.) A propos, tâchez que Marton prenne un peu de goût pour vous. L'amour et moi nous ferons le reste.