Ma foi, Madame, toute autre que moi s'y seroit trompée. Monsieur Remy me dit que son neveu m'aime, qu'il veut nous marier ensemble; Dorante est présent, et ne dit point non; il refuse devant moi un très riche parti; l'oncle s'en prend à moi, me dit que j'en suis cause. Ensuite vient un homme qui apporte ce portrait, qui vient chercher ici celui à qui il appartient; je l'interroge: à tout ce qu'il répond, je reconnois Dorante. C'est un petit portrait de femme, Dorante m'aime jusqu'à refuser sa fortune pour moi, je conclus donc que c'est moi qu'il a fait peindre. Ai- je eu tort? J'ai pourtant mal conclu. J'y renonce; tant d'honneur ne m'appartient point. Je crois voir toute l'étendue de ma méprise, et je me tais.

ARAMINTE.

Ah! ce n'est pas là une chose bien difficile à deviner. Vous faites le fâché, l'étonné, Monsieur le Comte; il y a eu quelque malentendu dans les mesures que vous avez prises; mais vous ne m'abusez point: c'est à vous qu'on apportait le portrait. Un homme dont on ne sait pas le nom, qu'on vient chercher ici, c'est vous, Monsieur, c'est vous.

MARTON, d'un air sérieux.

Je ne crois pas.

Mme. ARGANTE.

Oui, oui, c'est Monsieur; à quoi bon vous en défendre? Dans les termes où vous en êtes avec ma fille, ce n'est pas là un si grand crime; allons, convenez-en.

LE COMTE, froidement.

Non, Madame, ce n'est point moi, sur mon honneur; je ne connois pas ce monsieur Remy: comment auroit-on dit chez lui qu'on auroit de mes nouvelles ici? Cela ne se peut pas.

Mme. ARGANTE, a'un air pensif.