Il t'a donc tout conté.
DUBOIS.
Oui, il n'y a qu'un moment, dans le jardin, où il a voulu presque se jeter à mes genoux pour me conjurer de lui garder le secret sur sa passion, et d'oublier l'emportement qu'il eut avec moi quand je le quittai. Je lui ai dit que je me tairois, mais que je ne prétendois pas rester dans la maison avec lui, et qu'il falloit qu'il sortît; ce qui l'a jeté dans des gémissements, dans des pleurs, dans le plus triste état du monde.
ARAMINTE.
Eh! tant pis; ne le tourmente point; tu vois bien que j'ai raison de dire qu'il faut aller doucement avec cet esprit-là, fu le vois bien. J'augurois beaucoup de ce mariage avec Marton; je croyois qu'il m'oublieroit; et point du tout, il n'est question de rien.
DUBOIS, comme s'en allant.[117]
Pure fable. Madame a-t-elle encore quelque chose à me dire?
ARAMINTE.
Attends: comment faire? Si, lorsqu'il me parle, il me mettoit en droit de me plaindre de lui! Mais il ne lui échappe rien; je ne sais de son amour que ce que tu m'en dis, et je ne suis pas assez fondée pour le renvoyer. Il est vrai qu'il me fâcherait s'il parloit; mais il seroit à propos qu'il me fâchât.