MARIO.
Ma foi, ma soeur, c'est autant de pris que le valet;[54] mais tu pourrois bien aussi escamoter Dorante à ta maîtresse.
SILVIA.
Franchement, je ne haïrois pas de lui plaire sous le personnage que je joue; je ne serois pas fâchée de subjuguer sa raison, de l'étourdir[55] un peu sur la distance qu'il y aura de lui à moi. Si mes charmes font ce coup-là, ils me feront plaisir; je les estimerai. D'ailleurs, cela m'aiderait à déméler Dorante. A l'égard de son valet, je ne crains pas ses soupirs; ils n'oseront m'aborder; il y aura quelque chose dans ma physionomie qui inspirera plus de respect que d'amour à ce faquin-là.
MARIO.
Allons, doucement, ma soeur: ce faquin-là sera votre égal…
M. ORGON.
Et ne manquera pas de t'aimer.
SILVIA.
Eh bien! l'honneur de lui plaire ne me sera pas inutile. Les valets sont naturellement indiscrets; l'amour est babillard, et j'en ferai l'historien de son maître.