"Je ne comprends pas ce qui se passait en moi, et comment il parvint à me contraindre,… mais je fis feu, et ma balle alla frapper ce tableau.

Le comte me montrait du doigt la toile trouée par le coup de pistolet. Son visage était rouge comme le feu. La comtesse était plus pâle que son mouchoir, et, moi, j'eus peine à retenir un cri.

—Je tirai donc, poursuivit le comte, et, grâce à Dieu, je le manquai… Alors, Silvio… dans ce moment, il était vraiment effroyable! se mit à m'ajuster. Tout à coup la porte s'ouvrit. Macha se précipite dans le cabinet et s'élance à mon cou. Sa présence me rendit ma fermeté.

"—Ma chère, lui dis-je, est-ce que tu ne vois pas que nous plaisantons? Comme te voilà effrayée!… Va, va boire un verre d'eau, et reviens-nous. Je te présenterai un ancien ami et un camarade.

"Macha n'avait garde de me croire.

"—Dites-moi, est-ce vrai, ce que dit mon mari? demanda-t-elle au terrible Silvio. Est-il vrai que vous plaisantez?

"—Il plaisante toujours, comtesse, répondit Silvio. Une fois, par plaisanterie, il m'a donné un soufflet; par plaisanterie, il m'a envoyé une balle dans ma casquette; par plaisanterie, il vient tout à l'heure de me manquer d'un coup de pistolet. Maintenant, c'est à mon tour de rire un peu…

"A ces mots, il se remit à me viser… sous les yeux de ma femme.
Macha était tombée à ses pieds.

"—Lève-toi, Macha! n'as-tu point de honte! m'écriai-je avec rage.—Et vous, monsieur, voulez-vous rendre folle une malheureuse femme? Voulez-vous tirer, oui ou non?

"—Je ne veux pas, répondit Silvio. Je suis content. J'ai vu ton trouble, ta faiblesse; je t'ai forcé de tirer sur moi, je suis satisfait; tu te souviendras de moi, je t'abandonne à ta conscience.