—Vous croyez donc, mon cousin, que vos fusils font tant de bruit?
L'escopette de mon père en fait bien davantage.

—Que le diable te confonde, maudit garnement! Je suis bien sûr que tu as vu le[1] Gianetto. Peut-être même l'as-tu caché. Allons, camarades, entrez dans cette maison, et voyez si notre homme n'y est pas. Il n'allait plus que d'une patte, et il a trop de bon sens, le coquin, pour avoir cherché à gagner le maquis en clopinant. D'ailleurs, les traces de sang s'arrêtent ici.

[Footnote 1: Italian proper names, when used in French, are often preceded by the definite article.]

—Et que dira papa? demanda Fortunato en ricanant; que dira-t-il s'il sait qu'on est entré dans sa maison pendant qu'il était sorti?

—Vaurien! dit l'adjudant Gamba en le prenant par l'oreille, sais-tu qu'il ne tient qu'à moi de te faire changer de note? Peut-être qu'en te donnant une vingtaine de coups de plat de sabre tu parleras enfin.

Et Fortunato ricanait toujours.

—Mon père est Mateo Falcone! dit-il avec emphase.

—Sais-tu bien, petit drôle, que je puis t'emmener à Corte ou à
Bastia[1]? Je te ferai coucher dans un cachot, sur la paille, les fers
aux pieds, et je te ferai guillotiner si tu ne dis où est Gianetto
Sanpiero.

[Footnote 1: Corte—Bastia. The former is a little town of about 5000 inhabitants in the interior of Corsica; the latter is a seaport on the northeastern coast of the island and was formerly its capital. It has about 23,000 inhabitants.]

L'enfant éclata de rire à cette ridicule menace. Il répéta: