LETTER FROM KING LOUIS PHILIPPE

Neuilly, 17 Juillet 1842.

Madame ma bien chère et bien bonne Sœur,—J'ai bien reconnu le cœur de votre Majesté dans l'empressement qu'elle a mis à m'exprimer la part qu'elle prend à mon malheur. Ma malheureuse Reine en est également bien touchée, et si elle ne le témoigne pas elle-même dès aujourd'hui à votre Majesté, c'est qu'elle est encore dans l'impossibilité d'écrire. Nous osons lui demander tous les deux, d'être notre interprète auprès du Prince Albert, et de lui dire combien nous sommes sensibles à son intérêt. S'il pouvait y avoir une consolation au coup affreux qui a frappé nos vieux jours, ce serait ces témoignages d'intérêt, et les regrets dont on entoure le tombeau de mon enfant chéri, et la perte immense que tous ont faite en lui! C'est à présent qu'on sent ce qu'il était, et ce qu'il devenait chaque jour de plus en plus.

Je remercie de nouveau votre Majesté, du fond de mon cœur brisé, de tous les sentiments dont elle veut bien me donner tant de preuves, et je la prie d'agréer l'expression de la haute estime et de l'inviolable amitié avec lesquelles, je suis, Madame, ma très chère Sœur, de votre Majesté, le bien affectionné Frère,

Louis Philippe R.

The Queen of the French to Queen Victoria.

Neuilly, 19 Juillet 1842.

Madame ma très chère Sœur,—Je comptais que votre Majesté et le Prince Albert s'associeraient à notre immense douleur; que Dieu vous bénisse pour les tendres expressions de votre lettre. Nous sommes anéantis par le coup dont Dieu nous a frappés, que sa Sainte Volonté soit faite! J'ai perdu l'objet de ma plus vive tendresse, celui qui depuis 32 ans avait été mon amour, mon bonheur, et ma gloire, plein de vie, d'avenir, ma tête n'y est plus, mon cœur est flétri, je tâche de me résigner, je pleure et je prie pour cette Ame qui m'était si chère et pour que Dieu nous conserve l'infortuné et précieux Roi dont la douleur est incommensurable; nous tâchons de nous réunir tous pour faire un faisceau autour de lui. Notre ange de Louise et votre excellent oncle sont arrivés avant-hier; leur présence nous a fait du bien. Hélène, anéantie par la douleur, a un courage admirable, sa santé se soutient. Nemours, dont l'affliction est inexprimable, tâche de prendre des forces pour nous consoler tous, et les bonnes Victoire et Clémentine après l'horrible et douleureuse scène à laquelle elles avaient assisté, ont passé trois nuits pour aller chercher leur infortunée Belle-Sœur. Enfin, Dieu veut que nous vivions pour nous soutenir les uns les autres, que ce Dieu Tout Puissant vous bénisse, Madame, et vous préserve à jamais de pareilles douleurs, c'est le vœu bien sincère de celle qui se dit de tout son cœur, Madame, De votre Majesté la toute dévouée Sœur,

Marie Amélie.

Viscount Melbourne to Queen Victoria.