Albert.

The Emperor of Russia to Queen Victoria.30

THE CZAR'S LETTER

Tsarsko, ce18

30
Octobre 1853.

Madame,—Votre Majesté connaît, je l'espère, les sentiments d'affection sincère qui m'attachent à Sa personne, depuis que j'ai eu l'honneur de L'approcher. Il m'a semblé qu'Elle daignait aussi m'accorder quelque bienveillance. A la veille d'événements, peut-être fort graves, qu'Elle daigne donc excuser si je m'adresse droit à Elle, pour essayer de prévenir des calamités, que nos deux pays ont un égal intérêt à éviter. J'ose le faire avec d'autant plus de confiance, que longtemps encore avant que les affaires d'Orient eussent pris la fâcheuse tournure qu'elles ont acquise depuis, je m'étais adressé directement à votre Majesté, par l'entremise de Sir Hamilton Seymour, pour appeler votre attention, Madame, sur des éventualités, alors encore incertaines, mais déjà fort probables à mes yeux, et que je désirais éclaircir, avant tout, avec le Cabinet Anglais, pour écarter autant qu'il m'était possible, toute divergence d'opinion entre nous. La correspondance d'alors, qu'Elle daigne de la faire relire atteignit son but, car elle mettait le Gouvernement Anglais au fait de mes plus intimes pensées sur ces graves éventualités, tandis que, je devais au moins le penser ainsi, j'obtiens en réponse un égal exposé des vues du Gouvernement de votre Majesté.

Sûrs ainsi de ce que nous désirions de part et d'autre, par quelle fatalité devons-nous donc, Madame, en venir à une mésintelligence aussi prononcée, sur des objets qui paraissaient convenus d'avance, où ma parole est engagée vis-à-vis de votre Majesté, comme je crois celle du Gouvernement Anglais engagée de même vis-à-vis de moi.

C'est à la justice, au cœur de votre Majesté que j'en appelle, c'est à Sa bonne foi et à Sa sagesse que je m'en mets qu'Elle daigne de décider entre nous.

Devons nous rester, comme je le souhaite ardemment, dans une bonne intelligence également profitable à nos deux États, ou juge-t-Elle, que le pavillon Anglais doive flotter près du croissant, pour combattre la croix de Saint André!!!

Telle que soit la détermination de votre Majesté, qu'Elle veuille être persuadée de l'inaltérable et sincère attachement avec lesquels je ne cesserais d'être, de votre Majesté, le tout dévoué frère et ami,