Cependant nous y sommes obligés et nous ne devons pas avoir l'air de manquer à nos engagements. Nous serions donc placés dans une alternative bien triste si l'Autriche elle-même ne semblait pas déjà nous inviter de ne point rompre toute négociation. Or en réfléchissant aujourd'hui à cette situation, je me disais: ne pourrait-on pas répondre à l'Autriche ceci: La prise de Kars a tant soit peu changé nos situations; puisque la Russie consent à évacuer toute l'Asie Mineure nous nous bornons à demander pour la Turquie, au lieu de la rectification de frontière, les places fortes formant tête de pont sur le Danube, tels que Ismail et Kilia. Pour nous, nous demandons en fait de conditions particulières, l'engagement de ne point rétablir les forts des îles d'Aland et une amnistie pour les Tartares. Mon sentiment est qu'à ces conditions-là la paix serait très désirable; car sans cela je ne puis pas m'empêcher de redouter l'opinion publique quand elle me dira: "Vous aviez obtenu le but réel de la guerre, Aland était tombé et ne pouvait plus se relever, Sebastopol avait eu le même sort, la flotte Russe était anéantie, et la Russie promettait non seulement de ne plus la faire reparaître dans la Mer Noire, mais même de ne plus avoir d'arsenaux maritimes sur toutes ses rives; la Russie abandonnait ses conquêtes dans l'Asie Mineure, elle abandonnait son protectorat dans les principautés, son action sur le cours du Danube, son influence sur ces correligionnaires sujets du Sultan, etc., etc. Vous aviez obtenu tout cela non sans d'immenses sacrifices et cependant vous allez les continuer, compromettre les finances de la France, répandre ses trésors et son sang et pourquoi: pour obtenir quelques landes de la Bessarabie!!!"

THE EMPEROR AND PEACE

Voilà, Madame, les réflexions qui me préoccupent; car autant je me sens de force quand je crois être dans le vrai pour inculquer mes idées à mon pays et pour lui faire partager ma persuasion, autant je me sentirais faible si je n'étais pas sûr d'avoir raison ni de faire mon devoir.

Mais ainsi que je l'ai dit en commençant à votre Majesté je n'ai communiqué ma première impression qu'au Duc de Cambridge, et autour de moi au contraire j'ai dit qu'il fallait continuer la guerre. J'espère que votre Majesté accueillera avec bonté cette lettre écrite à la hâte et qu'elle y verra une nouvelle preuve de mon désir de m'entendre toujours avec elle avant de prendre une résolution. En remerciant votre Majesté de l'aimable lettre que S.A.R. le Duc de Cambridge m'a remise de sa part, je la prie de recevoir la nouvelle assurance de mes sentiments de tendre et respectueux attachement avec lesquels je suis de votre Majesté, le bon frère et ami,

Napoleon.

Je remercie bien le Prince Arthur de son bon souvenir.

Queen Victoria to the Earl of Clarendon.

Windsor Castle, 15th January 1856.

... The Queen will send her letter to the Emperor this evening for transmission to Paris. She will enclose it open to Lord Clarendon, who will seal and send it after having read it.

The Queen cannot conceal from Lord Clarendon what her own feelings and wishes at this moment are. They cannot be for peace now, for she is convinced that this country would not stand in the eyes of Europe as she ought, and as the Queen is convinced she would after this year's campaign. The honour and glory of her dear Army is as near her heart as almost anything, and she cannot bear the thought that "the failure on the Redan" should be our last fait d'Armes, and it would cost her more than words can express to conclude a peace with this as the end. However, what is best and wisest must be done.