Leopold R.

Queen Victoria to the Emperor of the French.

THE CONFERENCE

Buckingham Palace, le 15 Février 1856.

Sire et cher Frère,—Mes Commissaires pour le Conseil de Guerre sont à peine revenus de Paris et notre plan de campagne est à peine arrêté, que mes Plénipotentiaires pour la Conférence de paix se mettent en route pour assister sous les yeux de V.M. à l'œuvre de la pacification. Je n'ai pas besoin de vous recommander Lord Clarendon, mais je ne veux pas le laisser partir sans le rendre porteur de quelques mots de ma part.

Quoique bien convaincue qu'il ne pourra dans les discussions prochaines s'élever de questions sur lesquelles il y aurait divergence d'opinions entre nos deux Gouvernements, j'attache toutefois le plus haut prix à ce que l'accord le plus parfait soit établi avant que les conférences ne soient ouvertes; et c'est dans ce but que j'ai chargé Lord Clarendon de se rendre à Paris quelques jours avant, afin qu'il pût rendre un compte exact des opinions de mon Gouvernement, et jouir de l'avantage de connaître à fond la pensée de V.M.

J'éprouverai un sentiment d'intime satisfaction dans ce moment critique, et je le regarderai comme une preuve toute particulière de votre amitié, si vous voulez permettre à Lord Clarendon de vous exposer personnellement mes vues et d'entendre les Vôtres de Votre proper bouche.

Les opérations de nos armées et de nos flottes combinées, sous un commandement divisé, ont été sujettes à d'énormes difficultés; mais ces difficultés ont été heureusement vaincues. Dans la Diplomatie comme à la guerre, les Russes auront sur Nous le grand avantage de l'unité de plan et d'action, et je les crois plus forts sur ce terrain que sur le champ de bataille; mais à coup sûr, nous y resterons également victorieux, si nous réussissons à empêcher l'ennemi de diviser nos forces et de nous battre en détail.

Sans vouloir jeter un doute sur la sincérité de la Russie en acceptant nos propositions, il est impossible d'avoir à ce sujet une conviction pleine et entière. J'ai tout lieu de croire cependant que nul effort et nul stratagème ne seront negligés pour rompre, s'il était possible, ou au moins pour affaiblir notre alliance. Mais je repose à cet égard dans la fermeté de V.M. la même confiance qui saura détruire toutes ces espérances, que j'ai dans la mienne et dans celle de mes Ministres. Cependant, on ne saurait attacher trop d'importance à ce que cette commune fermeté soit reconnue et appréciée dès le commencement des négociations, car de là dépendra, j'en ai la conviction, la solution, si nous devons obtenir une paix dont les termes pourront être considérés comme satisfaisants pour l'honneur de la France et de l'Angleterre, et comme donnant une juste compensation pour les énormes sacrifices que les deux pays ont faits. Une autre considération encore me porte à attacher le plus haut prix à cet accord parfait, c'est que si, par son absence, nous étions entraînés dans une paix qui ne satisferait point la juste attente de nos peuples, cela donnerait lieu à des plaintes et à des récriminations qui ne pourraient manquer de fausser les relations amicales des deux pays au lieu de les cimenter davantage comme mon cœur le désire ardemment.

D'ailleurs, je ne doute pas un moment qu'une paix telle que la France et l'Angleterre ont le droit de la demander sera bien certainement obtenue par une détermination inébranlable de ne point rabaisser les demandes modérées que nous avons faites.