L'auteur déclare en finissant que dans tout cet Orient il n'est presque aucune nation qu'il n'ait veue aller en bataille, et que la seule puissance de France, sans nuls aydes quelsconques, peut défaire, non seulement les Turcs et les Egyptiens [Footnote: Les Turcs et les Egyptiens! frère Brochard, vous oubliez Louise-le-Jeune et saint Louis.], mais encore les Tartres (Tatars) fors (excepté) les Indiens, les Arabes, et les Persains.

La collection de Bruxelles contient un autre exemplaire de l'Advis directif, in fol pap miniat. No. 352. Celui-ci forme un volume à part. Sa vignette représente Brochard travaillant à son pupitre. Vient ensuite une miniature où on le voit présentant son livre au roi: puis une autre où le roi est en marche avec son armée pour la Terre Sainte.

J'ai également trouvé dans la même collection les deux traités Latins de l'auteur, réunis en un seul volume in fol. pap. No. 319, couvert en basane rouge. Le premier porte en titre: Directorium ad passagium faciendum, editum per quemdam fratrem ordinis Predicatorum, scribentem experta et visa potiùs quàm audita; ad serenissimum principemet dominum Philippum, regem Francorum, anno Domini M.CCC'mo. xxxii°.

Le second est intitulé: Libellus de Terrâ Sanctâ, editus à fratre Brocardo, Theutonico, ordinis fratrum predicatorum. A la fin de celui-ci on lit qu'il a été écrit par Jean Reginaldi, chanoine de Cambrai. Comme l'autre est incontestablement de la même main, je de doute nullement qu'il ne soit aussi de Reginaldi.

Il me reste maintenant à faire connoître notre troisième ouvrage Français, ce Voyage de la Brocquière que je publie aujourd'hui.

L'auteur étoit gentilhomme, et l'on s'en aperçoit sans peine quand il parle de chevaux, de châteaux forts et de joutes.

Sa relation n'est qu'un itinéraire qui souvent, et surtout dans la description du pays, et des villes, présente un peu de monotonie et des formes peu variées; mais cet itinéraire est intéressant pour l'histoire et la géographie du temps. Elles y trouveront des matériaux très-précieux, et quelquefois même des tableaux et dés aperçus qui ne sont pas sans mérite.

Le voyageur est un homme d'un esprit sage et sensé, plein de jugement et de raison. On admirera l'impartialité avec laquelle il parle des nations infidèles qu'il a occasion de connoître, et spécialement des Turcs, dont la bonne foi est bien supérieure, selon lui, à celle de beaucoup de chrétiens.

Il n'a guère de la superstition de son siècle que la dévotion pour les pélerinages et les reliques; encore annonce-t-il souvent peu de foi sur l'authenticité des reliques qu'on lui montre.

Quant aux pélerinages, on verra en le lisant combien ils étoient multipliés en Palestine, et son livre sera pour nous un monument qui, d'une part, constatera l'aveugle crédulité avec laquelle nos dévots occidentaux avoient adopté ces pieuses fables; et de l'autre l'astuce criminelle des chrétiens de Terre-Sainte, qui pour soutirer l'argent des croisés et des pélerins, et se faire à leurs dépens un revenu, les avoient imaginées.