Le Printemps est arrivé, mais il avait le bras cassé, et nous l’avons laissé, lors de notre fuite, aux soins d’un médecin-de-statues. Je l’attends de jour en jour; et ma maisonette en resplendira bientôt. Je regrette beaucoup le dédicace; peutêtre, quand vous viendrez nous voir, ne serait-il pas trop tard de l’ajouter? Je n’en sais rien, je l’espère. L’œuvre, c’est pour tout le monde; le dédicace est pour moi. L’œuvre est un cadeau, trop beau même; c’est le mot d’amitié qui me le donne pour de bon. Je suis si bête que je m’embrouille, et me perds; mais vous me comprendrez, je pense.
Je ne puis même pas m’exprimer en Anglais; comment voudriez vous que je le pourrais en Français? Plus heureux que vous, le Némésis des arts ne me visite pas sous le masque du désenchantement; elle me suce l’intelligence et me laisse bayer aux corneilles, sans capacité mais sans regret; sans espérance, c’est vrai, mais aussi, Dieu merci, sans désespoir. Un doux étonnement me tient; je ne m’habitue pas à me trouver si bûche, mais je m’y résigne; même si celà durait, ce ne serait pas désagréable—mais comme je mourrais certainement de faim, ce serait tout au moins regrettable pour moi et ma famille.
Je voudrais pouvoir vous écrire; mais ce n’est pas moi qui tiens la plume—c’est l’autre, le bête, celui qui ne connaît pas le Français, celui qui n’aime pas mes amis comme je les aime, qui ne goûte pas aux choses de l’art comme j’y goûte; celui que je renie, mais auquel je commande toujours assez pour le faire prendre la plume en main et écrire des tristes bavardages. Celui-là, mon cher Rodin, vous ne l’aimez pas; vous ne devez jamais le connaître. Votre ami, qui dort à present, comme un ours, au plus profond de mon être, se réveillera sous peu. Alors, il vous écrira de sa propre main. Attendez lui. L’autre ne compte pas; ce n’est qu’un secrétaire infidèle et triste, à l’âme gelée, à la tête de bois.
Celui qui dort est toujours, mon cher ami, bien à vous; celui qui écrit est chargé de vous en faire part et de signer de la raison sociale,
Robert Louis Stevenson et Triple-Brute.
To Sidney Colvin
The following refers first, if I remember right, to some steps that were being taken to obtain recognition in the form of a knighthood for the elder Stevenson’s public services; next, to the writer’s own work at the time in hand; and lastly, to my volume on Keats then in preparation for the English Men of Letters series.
Skerryvore, Dec. 14, 1886.
MY DEAR COLVIN,—This is first-rate of you, the Lord love you for it! I am truly much obliged. He—my father—is very changeable; at times, he seems only a slow quiet edition of himself; again, he will be very heavy and blank; but never so violent as last spring; and therefore, to my mind, better on the whole.
Fanny is pretty peepy; I am splendid. I have been writing much verse—quite the bard, in fact; and also a dam tale to order, which will be what it will be: I don’t love it, but some of it is passable in its mouldy way, The Misadventures of John Nicholson. All my bardly exercises are in Scotch; I have struck my somewhat ponderous guitar in that tongue to no small extent: with what success, I know not, but I think it’s better than my English verse; more marrow and fatness, and more ruggedness.