"Mons. Wylie, premier chirurgien de l'Empereur Alexandre, se hata d'amputer la jambe qui etait la plus mal traiteé. Pendant cette cruelle operation, Moreau montra à peine quelque alteration dans ses traits et ne cessa point de fumer la cigarre. L'amputation faite, Monsieur Wylie examina la jambe droite, et la trouva dans un tel etat qu'il ne peut se defendre d'un mouvement d'effroi. "Je vous entend," dit Moreau, "Il faut encore couper celle ci, eh bien, faites vite. Cependant j'eusse preferé la mort." Il voulait ecrire à sa femme. Il ecrivait donc d'une main assez ferme ces propres expressions. "Ma chere amie,—La bataille se decide il y a trois jours.—J'ai eu les deux jambes emportées d'un boulet de canon—ce coquin de Bonaparte est toujours hereux. On m'a fait l'amputation aussi bien que possible—l'armée a faite un mouvement retrograde, ce n'est pas par revers, mais par decousu et pour se rapprocher au General Blucher. Excuse mon griffonage. Je t'aime et t'embrasse de tout mon cœur. Je charge Rapatel de finir."

"Tout à l'heure il dit: "Je ne suis pas sans danger, je le sais bien, mais si je meurs, si une fin prematurée m'enleve à une femme, à une fille aimèe; a mon pays que je voulais servir malgre lui meme; n'oubliez pas de dire, aux Français qui vous parleront de moi, que je meurs avec le regret de n'avoir pas accompli mes projets. Pour affranchir ma patrie du joug affreux qui l'opprime pour ecraser Bonaparte, toutes les armes, tous les moyens etaient bons. Avec quelle joie j'aurai consacré le peu de talent que je possede à la cause de l'humanite! Mon cœur appartenoit a la France."

"Vers sept heurs le malade se trouvant seul avec Monsieur Svinine lui dit d'une voix affaiblie—" Je veux absolument vous dicter une lettre.—Monsieur Svinine prit la plume en gemissant et traça ce peu de lignes sous la dictée de Moreau.

"Sire,—Je descends dans le tombeau avec les memes sentiments de respect, d'admiration, et de devouement que votre Majesté m'a constamment inspiré, des que j'ai eu le bohheur de m'approcher de votre personne."

"En pronoçant ces derniers mots, le malade s'interompit et ferma les yeux M. Svinine attendit, croyant que Moreau meditait sur la suite de sa depeche—Vain espoir—Moreau n'etait plus."[39]

I am impatient to finish the character of Napoleon, and to get upon some other more agreeable subject. I shall end by giving an account of his last appearance in France, as related to me by the Sub-Prefect of Aix, who accompanied him on his way from Aix to the coast.—After passing Montlement, the public feeling began to burst forth against him. The spirit of the Provençals could not be restrained. In every village was displayed the white cockade, and the fleur de lis. In one, the villagers were employed at the moment of his passing in hanging him in effigy; at another they compelled him to call out Vive le Roi, and he obeyed them, while his attendants refused. For a part of the way he was forced to mount a little poney in the dress of an Austrian officer. Arrived at the village of La Calade, the following extraordinary scene passed at the inn—It was also related to me by our banker, who had it from the hostess herself: The landlord was called for, and a mean-looking figure in plain clothes, with a travelling-cap, and loose blue pantaloons, asked him if he could have dinner for twenty persons who were coming. "Yes, (said the landlord), if you take what fare I have; but I trust it is not for that coquin the Emperor, whom we expect soon here." "No, (said he), it is only for a part of his suite.—Bring here some wine, and let the people be well served when they arrive." Presently the landlady entered with the wine, a fine, bold Provençal, and a decided royalist, as all the Provençal snow are. [40]"Ecoutez, bonne femme, vous attendez l'Empereur n'est pas?" 'Oui, Monsieur, j'espere que nous le verrons?' "Eh bien, bonne femme, vous autres que dites vous de l'Empereur?" 'Qu'il est un grand coquin.' "Eh! ma bonne femme, et vous meme que dites vous?" 'Monsieur, voulez vous que je vous dise franchment ce que je pense: Si j'etais le capitaine du vaisseau, je ne l'embarquerai que pour le noyer."

The stranger said nothing. After an hour or two, the landlord asked his wife if she would like to see Bonaparte, for that he was arrived. She was all anxiety to see him. He took her up stairs, and pointed to the little man in the travelling cap. The surprise of the woman may be conceived. The Emperor made her approach, and said to her she was a good woman; but that there were many things told of Bonaparte which were not true.

I shall continue the Sub-Prefect's narrative in his own words:—[41]"Les Commissaires, en arrivant à Calade, le trouvoient la tête appuyée sur les deux mains, et le visage baignè de larmes. Il leur dit qu'on en voulait decidement à sa vie; que la maitresse de l'auberge, qui ne l'avait pas reconnu lui avait declaré que l'Empereur etait detesté comme un scelerat, et qu'on ne l'embarquerait que pour le noyer. Il ne voulait rien manger ni boire quelque instances qu'on lui fit, et quoiqu'il dut etre rassurè par l'example de ceux qui etaient a tablé avec lui. Il fit venir de la voiture du pain et de l'eau qu'il prit avec avidité. On attendait la nuit pour continuer la route; on n'etait qu'à deux lieues d'Aix. La population de cette ville n'eut pas eté aussi facile à contenir que celle des villages ou on avait deja couru tant de perils. Monsieur, le Sous-Prefét, prenant avec lui le Lieutenant des gend'armes et six gend'armes, se mit en route vers la Calade. La nuit etait obscure, et le temps froid; cette double circonstance protegea Napoleon beaucoup mieux que n'aurait fait la plus forte escorte. Mons. le Sous-Prefét et la gend'armerie rencontrerent le cortege peu d'instants apres avoir quitté la Calade, et la suivoient jusqu'à ce qu'ils arriverent aux portes d'Aix à deux heures du matin. Apres avoir changé les chevaux, Bonaparte continuant sa route, passa sous les murs de la ville, au milieu des cris repetés de "Vive le Roi," que firent entendre les habitants accourus sur les remparts. Il arriva a la limite du departement à une auberge appellee la Grande Prgere, ce fut là qu'il s'arreta pour dejeuner. Le General Bertrand proposa a Mons. le Sous-Prefét de monter, avant que de partir, dans la chambre des Commissaires ou tout le monde etait à dejeuner. Il y avoit dix ou douzes personnes. Napoleon etait du nombre; il avait son costume d'officier Autrichien, et une casque sur la tête. Voyant le Sous-Prefét an habit d'auditeur, il lui dit, "Vous ne m'auriez pas reconnu sons ce costume? Ce sont ces Messieurs qui me l'ont fait prendre, le jugeant necessaire à ma sureté. J'aurais pu avoir une escorte de trois mille homines, qui j'ai refusé, preferant de me fier à la loyauté Française. Je n'ai pas eu à me plaindre de cette confiance depuis Fontainbleau jusqu'à Avignon; mais depuis cette ville jusqu'ici j'ai eté insulté,—j'ai couru bien de dangers. Les Provençaux se dishonnerent. Depuis qui je suis en France je n'ai pas eu un bon battaillon de Provençeaux sous mes ordres. Ils ne sont bons que pour crier. Les Gascons sont fanfarons, mais au moins ils sont braves." Sur ces paroles, un des convives, qui etait sans dout Gascon, tira son jabot et dit en riant, "Cela fait plaisir."

Bonaparte continuant à s'addresser an Sous-Prefét, lui dit, "Que fait le Prefét?" 'Il est parti à la premiere nouvelle du changement survenu à Paris.' "Et sa femme?" 'Elle etait partie plutôt.'—"Elle avait donc prit le devant. Paie l'on bien les octrois et les droits reunis?"—'Pas un sou.'—"Y-a-t-il beaucoup d'Anglais à Marseilles?" Ici Mons. le Sous-Prefét raconta à Bonaparte tout ce qui s'etait passè naguere dans ce port, et avec quels transports on avait accueilli les Anglais. Bonaparte, qui ne prenait pas grand plaisir à ce reçit y mit fin en disant au Sous-Prefét, "Dites à vos Provençaux que l'Empereur est bien mecontent d'eux."

Arrivè a Bouilledon, il se s'enferma dans ua apartment avec sa sœur (Pauline Borghese)—Des sentinels furent places a la porte. Cependant des dames arriveés dans un galerie qui communiquait avec cette chambre, y trouverent un militaire en uniform d'officier Autrichien, qui leur dit, "Que desirez vous voir, Mesdames?" 'Nous voudrions voir Napoleon.' "Mais ce'st moi, Mesdames." Ces dames le regardant lui dirent en riant, 'Vous plaisantez, Monsieur; ce n'est pas vous qui etes Napoleon.' "Je vous assure, Mesdames, ce'st moi. Vous vous imaginez donc que Napoleon avait l'air plus mechant. N'est pas qu'on dit que je suis un scelerat, un brigand?" Les dames n'eurent garde de le dementir, Bonaparte ne voulant pas trop les presser sur ce point detourna le conversation. Mais toujours occupé de sa premier idée, il y revint brasquement: "Convenez en Mesdames, leur dit il, maintenant que la Fortune m'est contraire, on dit que je suis un coquin, un scelerat, un brigand. Mais savez vous ce que c'est que tout cela? J'ai voula mettre la France au dessus de l'Angleterre, et j'ai echoué dans ce projet."