(Publiés sous la direction de la Société Littéraire et Historique de Québec, 1840. (1748.))—"Il y a une Construction royale établie à Québec; le Roy y entretient un Constructeur-en-chef, et tous les ouvriers nécessaires; mais cette construction est aujourd'hui décriée, et l'on dit que le Roy va la faire cesser pour les raisons suivantes:

En premier lieu, on prétend que les vaisseaux bâtis à Québec coûtent beaucoup plus que ceux bâtis dans les ports de France; mais on n'ajoute pas que ce n'est qu'en apparence, attendu qu'il passe sur le compte de la construction beaucoup de dépenses qui n'y ont aucun rapport.

En second lieu, que ces vaisseaux jusqu'a présent ont été de très-peu de durée; d'où l'on conclut que les bois du Canada ne valent rien.

Pour juger sainement de la qualité de ces bois, il faut entrer dans le détail de ce qui en regarde la coupe, le transport à Québec, et l'employ à la construction.

Premièrement: Ces bois du Canada sont extrêmement droits, ce n'est qu'avec beaucoup de peine qu'on trouve dans leurs racines des bois tords, propres à la construction.

Deuxièmement: Jusqu'à présent on n'a exploité que les Chênières les plus voisines des rivières, et conséquemment situées dans les lieux bas, a cause de la facilité de transport.

Troisièmement: Les bois sont coupés en hiver; on les traîne sur la neige jusques au bord des rivières et des lacs; lorsque la fonte des neiges et des glaces a rendu la navigation libre, on les met en radeaux pour les descendre à Québec, où ils restent longtems dans l'eau, avant d'être tirés à terre, et où ils en contractent une mousse qui les échauffe; encore imbibés d'eau, ils sont exposés dans un chantier à toute l'ardeur du soleil de l'été; l'hiver qui succède les couvre une seconde fois de neige, que le printems fait fondre, et ainsi successivement jusqu'a ce qu'ils soient employés; enfin, ils restent deux ans sur les chantiers, où de nouveau ils essuyent deux fois l'extrémité du froid et du chaud qu'on sent dans ce climat.

Voilà les causes du peu de durée de ces vaisseaux:

Si on coupoit les bois sur les hauteurs; s'ils étoient transportés à Québec dans des barques; si on les garantissoit des injures du tems dans des hangars, et si les vaisseaux ne restoient qu'une année sur les chantiers il est évident qu'ils dureroient plus longtems. Dans la démolition de ceux qui ont été condamnés en France, on a reconnu que les bordages s'etoient bien conservés, et qu'ils étoient aussi bons que ceux qu'on tire de Sède; mais que les membres en étoient pourris. Est-il étonnant que les bois tords pris à la racine d'arbres qui avoient le pied dans l'eau qu'on n'a pas eu attention de faire sécher à couvert, s'échauffent quand ils se trouvent enfermés entre deux bordages?

Je ne vois donc pas que les raisons alléguées centre les vaisseaux de Québec soient suffisantes pour en faire cesser la construction. Je dis plus, que le Roy fait en Canada, celle de la construction me paroit la plus nécessaire, et celle qui peut devenir la plus utile. Tout esprit non prévenu sera forcé de convenir qu'on y fera construire des vaisseaux avec plus d'économie que dans les ports de France, toutes les fois qu'on ne confondra pas d'autres dépenses avec celles de la construction. D'ailleurs, il est important qu'il y ait à Québec un certain nombre de charpentiers et de calfats; il en manque aujourd'hui, malgré ceux que le Roy entretient; et lorsque les particuliers en ont besoin au printems, ils n'en trouvent point; un calfat se paye six francs pour une marée. J'avoue qu'alors tous les travaux de cette espèce sont pressés; mais ordinairement un charpentier gagne trois à quatre francs par jour avec les particuliers. Indépendamment de l'intérêt des particuliers, les vaisseaux qui viennent à Québec, ont quelques fois besoin d'un radoub, et dans le nombre des navires marchands, il y en a toujours quelqu'un qu'il est nécessaire de radouber par des accidents arrivés dans la traversée. Si le Roy faisoit cesser ici la construction de ses vaisseaux, tous les ouvriers qui y sont employés seroient forcés d'aller chercher du travail ailleurs.