No. 58.
Le Ministre des Affaires Etrangères à l'Ambassadeur en France.
(Télégramme). St. Pétersbourg, le 10/29 Juillet 1914.
Aujourd'hui l'Ambassadeur d'Allemagne m'a communiqué la résolution prise par son gouvernement de mobiliser, si la Russie ne cessait pas ses préparatifs militaires. Or, nous n'avons commencé ces derniers qu'à la suite de la mobilisation à laquelle avait déjà procédé l'Autriche et vu l'absence évidente chez cette dernière du désir d'accepter un mode quelconque d'une solution pacifique de son conflit avec la Serbie.
Puisque nous ne pouvons pas accéder au désir de l'Allemagne, il ne nous reste que d'accélérer nos propres armements et de compter avec l'inévitabilité probable de la guerre.—Veuillez en avertir le Gouvernement Français et lui exprimer en même temps notre sincère reconnaissance pour la déclaration que l'Ambassadeur de France m'a faite en son nom en disant que nous pouvons compter entièrement sur l'appui de notre alliée de France. Dans les circonstances actuelles cette déclaration nous est particulièrement précieuse. Communiqué aux Ambassadeurs en Angleterre, Autriche-Hongrie, Italie, Allemagne.
(Signé) Sazonow.
No. 59.
Le Chargé d'Affaires en Serbie au Ministre des Affaires Etrangères.
(Télégramme). Nich, le 17/30 Juillet 1914.
Le Prince-Régent a publié hier un manifeste signé par tous les Ministres à l'occasion de la déclaration de la guerre par l'Autriche à la Serbie. Le manifeste se termine par les paroles suivantes: «Défendez de toutes vos forces vos foyers et la Serbie». Lors de l'ouverture solennelle de la Scouptchina, le Régent lut en son nom le discours du trône, an début duquel il indiqua que le lieu de la convocation démontrait l'importance des évènements actuels. Suit l'exposé des faits des derniers jours—l'ultimatum autrichien, la réponse serbe, les efforts du gouvernement Royal de faire tout ce qui était compatible avec la dignité de l'Etat pour éviter la guerre et enfin l'agression armée du voisin plus puissant contre la Serbie, aux côtés de laquelle se tient le Monténégro. En passant à l'examen de l'attitude des Puissances en présence du conflit, le Prince insista tout d'abord sur les sentiments dont est animée la Russie et sur la Toute Gracieuse Communication de sa Majesté l'Empereur disant que la Russie en aucun cas n'abandonnera la Serbie. A chaque mention du nom de Sa Majesté Impériale et de la Russie un «jivio» formidable et fébrile secouait la salle des séances. Les marques de sympathie de la part de la France et de l'Angleterre furent aussi relevées séparément et provoquèrent des «jivio» d'approbation de la part des députés. Le discours du trône se termine par la déclaration d'ouverture de la Scouptchina et par l'expression du voeu que toutes les mesures soient prises pour faciliter la tâche du Gouvernement.