(Nuit obscure. Les troubles rayons de la lune éclairent de lueurs sanglantes un défilé étroit, parsemé de petits buissons, et les roches escarpées. Le brouillard de montagne remplit toutes les cavités d’un voile blanc. Parmi les buissons ou sur les pentes nues des collines, gisent les cadavres des guerriers: on les dirait pétrifiés au milieu de leur dernière bataille. Des aigles et d’autres rapaces, en bandes, se sont abattus sur les corps; à chaque coup de vent, ils s’envolent, effarés. Deux chevaux se tiennent immobiles, la tête inclinée sur les cadavres de leurs maîtres, les fils de Dodôn. Tout est calme, silencieux et menaçant.)

(On entend au loin un bruit de pas. C’est l’armée de Dodôn qui avance, craintivement. Des guerriers paraissent, suivant le défilé. Ils vont deux par deux, s’arrêtent, se retournent.)

Les Soldats.

Nuit épouvantable et sombre!

Tout est calme: seuls, dans l’ombre,

Les vautours veillent nos morts.

La lune pourpre sur leurs corps

Brille comme un cierge funèbre.

Hou! Le vent, dans les ténèbres,

Fait entendre un chant de deuil