En 1697, le P. Bouvet apporta 149 livres chinois en échange desquels le roi donna le recueil de toutes ses estampes.

(Essai historique sur la Biblioth. du Roi, p. 67.)

Colbert fit faire des copies de manuscrits pour les échanges. C'est aussi par les ordres de Colbert qu'on fit un état des livres doubles susceptibles d'être échangés contre d'autres qu'on ne possédait pas.

(Paulin, Paris, les Manuscrits franç. de la Bibl. du Roi, p. 1.)

Monsieur le Ministre,

Autorisé par les exemples que je viens de citer, dans mes démarches pour établir entre la France et les nations civilisées des deux mondes des relations régulières et permanentes d'échange de livres, d'objets d'arts et d'histoire naturelle, je n'entreprendrai pas de développer ce que j'appellerai la théorie de mon système. Je parlerai seulement des faits. Vous n'avez pas besoin d'un commentaire des actes de Colbert et de Louis XIV, et je n'ai pas besoin auprès de vous d'apologie. Ce que j'aurais l'honneur de vous dire, vous le savez déjà; vous l'avez vu dans les textes des Manuscrits français et de l'Essai historique. Je veux être ménager d'un temps que vous employez si utilement pour l'éducation de la jeunesse et pour l'avancement des lettres.

Permettez-moi, Monsieur le Ministre, de vous donner d'abord un aperçu des doubles qui existent dans quelques bibliothèques de l'étranger et de la France. C'est un essai de statistique qui fera comprendre, mieux que tous les raisonnements, les profits que l'on doit attendre des échanges. La bibliothèque de Munich a 200,000 doubles; celle d'Iéna, 12,000; celle de Saint-Pétersbourg, 54,000; à Vienne, plus de 30,000 doubles, parmi lesquels un grand nombre d'incunables, sont enfouis dans des magasins. A Vienne encore, 25,000 doubles encombrent la section d'entomologie du musée brésilien. Breslau possède l'un des plus précieux manuscrits de Froissart. On trouve à Munich le cinquième volume du roman des Quatre Fils Aymon dont les quatre premiers sont à la bibliothèque de l'Arsenal; et à Bruxelles, dans la bibliothèque de Bourgogne, des doubles de manuscrits précieux pour notre histoire. En France, la bibliothèque de Metz contient plus de 500 doubles; celle de Douai, 250; celle de Colmar, 100; des matériaux importants pour l'histoire de diverses villes sont réunis dans la bibliothèque d'Aix, assez indigente sur sa propre histoire: et ainsi Lyon, Arles, Nantes sont privés de documents précieux pour leurs anciennes annales. Les archives de la préfecture de Dijon renferment des titres et des chartes du duché de Savoie, en échange desquels le roi de Sardaigne nous donnerait tout ce que nous voudrions.

J'avais reconnu cet état de choses pour l'Allemagne, pendant les divers voyages que j'ai faits dans ce pays. J'en avais entretenu des savants, des hommes d'État, les rois eux-mêmes. Voici ce que m'écrivait à cette occasion M. P. Lichtenthaler, directeur de la bibliothèque de Munich, le 22 janvier 1833.

«Vous vous souviendrez que dans nos entretiens je vous ai aussi parlé de nos doubles dont nous gardons une immense quantité. Ne vous serait-il pas possible, par vos relations à Paris, d'engager l'administrateur des beaux-arts à entrer en échange avec notre bibliothèque?»

Le 6 décembre de la même année, M. le comte Maurice de Dietrichstein, directeur général du musée à Vienne, m'adressait une lettre dont j'extrais le passage suivant: