Les corps furent ramassés et ramenés dans les ruines du village. Les sapeurs du 26ᵉ dirent alors:
—On n’enterrera pas ce bon petit sous-lieutenant sans un cercueil. Nous allons lui en faire un.
Ils se mirent à scier et à clouer.
Ceux du 27ᵉ dirent alors:
—Il ne faut pas traiter différemment les deux frères. Nous allons, nous aussi, faire un cercueil pour notre lieutenant.
Au soir, on se préparait à les enterrer côte à côte quand une vieille femme éleva la voix.
C’était une vieille si pauvre qu’elle avait obstinément refusé d’abandonner le village. “J’aime mieux mourir ici,” avait-elle dit. On l’avait laissée. Elle gîtait misérablement dans sa cabane sur la paille et n’avait pas d’autre nourriture que celle que lui donnaient les soldats. Quand elle vit les deux jeunes cadavres et les préparatifs, elle dit:
—Attendez un instant avant de les enfermer. Je vais chercher quelque chose.
Elle alla fouiller la paille sur laquelle elle couchait et en tira le drap qu’elle gardait pour sa sépulture. Et revenant:
—On n’enfermera pas, dit-elle, ces beaux garçons le visage contre les planches. Je veux les ensevelir.