Jean Millot, opposite St. Barthelemy, at the Three Crowns.
MDCXII.
BY ROYAL LICENSE.
Relation Dernière de ce qvi s'est passé av voyage dv sieur de Poutrincourt en la Nouuelle-France depuis 20. mois ença. [124]
PREFACE.
LE proverbe ancien est bien veritable, que les Dieux nous vendent toutes choses par labeur. Ceci se reconoit par experience ordinaire en plusieurs choses, mais particulierement au fait duquel nous avons à parler: auquel donne sujet par ses incomparables vertus le sieur de Poutrincourt, de qui les labeurs plus que Herculeans ont dés y a long temps merité vne bien ample fortune, & y eust donné attainte au temps de nos troubles derniers, s'il n'eust esté trop entier à maintenir le party qu'il auoit embrassé. Car le Roy le tenant en personne assiegé dans le chateau de Beaumont [4] lui voulut donner le Comté dudit lieu pour se rendre à son service. Ce qu'ayant refusé, il le fit toutefois peu après gratuitement voyant sa Majesté reduit à l'Eglise Catholique Romaine. Vray est que nostre feu Roy Henri le Grand l'auoit obligé en vne chose, c'est d'avoir rendu par sa bouche ce temoignage de lui, qu'il estoit vn des plus hommes de bien, & des plus valeureux de son royaume. Suiuant quoy aussi apres noz guerres passées, lui qui naturellement est porté aux entreprises difficiles, fuiant la vie oisive, auroit recherché l'occasion de faire plus que devant paroitre son courage, honorer son Prince, & illustrer sa patrie. Ce qu'il auroit fait [126] par la rencontre du sieur de Monts, lequel en l'an 1603, entreprenoit le voyage de la France Nouvelle & Occidentale d'outre mer, auec lequel il se ioignit pour y reconoistre vne terre propre à habiter & y rendre service a Dieu & au Roy. A quoy il a depuis travaillé continuellement & eust desia beaucoup avancé l'œuvre, si sa facilité ne se fust trop fiée à des hommes trompeurs, qui lui ont fait perdre son temps & son argent. Voire encore estant Gentilhomme indomtable à la fatigue, & sans crainte aux hazars, il se pourroit promettre vn assez prompt avancement à son entreprise s'il n'estoit troublé par l'avarice de ceux qui lui enlevent la graisse de sa terre sans y faire habitation, & avides des Castors de ce païs là y vont exprés pour ce sujet, & ont fait à l'envi l'un de l'autre que chacune peau de Castor (qui est le traffic le plus [5] present de ces terres) vaut icy auiourd'hui dix liures, qui se pourroit bailler pour la moitié, si le commerce d'icelles estoit permis à vn seul. Et au moyen de ce pourroit prendre fondement la Religion Chrestienne par dela; comme certes elle y auroit esté fort avancée, si telle chose eust esté faite. Et la consideration de la Religion & de l'establissement d'un païs dont la France peut tirer du profit & de la gloire, merite bien que ceux qui l'habitent iouïssent pleinement & entierement des fruits qui en proviennent, puis que nul ne contribuë à ce dessein pour le soulagement des entrepreneurs, lesquels au peril de leurs vies & de leurs moyens ont découvert par dela tant les orées maritimes, que le profond des terres, où iamais aucun Chrétien n'avoit esté. Il y a vne autre consideration que ie ne veux mettre par écrit, & laquelle seule doit faire accorder ce que dessus à ceux qui se presentent [128] & offrent pour habiter & defendre la province, voire pour donner du secours à toute la France de deça. C'a esté vne plainte faite de tout temps, que les considerations particulieres ont ruiné les affaires du general. Ainsi est-il à craindre qu'il n'en avienne en l'affaire des Terres-neuves, si nous la negligeons, & si l'on ne soustient ceux qui d'une resolution immuable s'exposent pour le bien, l'honneur, & la gloire de la France, & pour l'exaltation du nom de Dieu, & de son Eglise.