Thus spend the year his praises singing.
C'est ainsi que ledit Sieur en a fait, ayant exprés mené à ses dépens le susdit Patriarche, lequel ie voy par les memoires que i'ay ne s'estre iamais épargné à ce qui estoit de sa charge s'estant transporté quelquefois quatre, quelquefois douze lieuës loin pour baptizer des enfans de Sauvages, au mandement qu'ilz luy en faisoient, disans qu'ils vouloient estre comme Membertou, c'est à dire Chrétiens. Quelquefois aussi il a conduit sa troupe en processiõ sur vne montagne qui est au Nort de leur habitation, sur laquelle y a vn roc quarré de toutes [26] parts, de la hauteur d'une table, couvert d'vne mousse épesse où ie me suis quelquefois couché plaisammẽt: i'ay appellé ce lieu le mont de la Roque au pourtraict que i'ay fait du Port Royal en mon Histoire, en faveur d'un mien amy nõme de la Roque Prevost de Vimeu en Picardie, qui desiroit prendre là vne terre, & y enuoyer des hommes.
The Sieur has done this, having brought here, expressly at his own expense, the aforementioned Patriarch, who, I see from memoranda which I have, has never spared himself in the performance of his duties, going sometimes four, sometimes twelve leagues away to baptize some of the children of the Savages, in answer to their requests, saying they wanted to be like Membertou, namely, Christians. Also sometimes he has led his band in a procession to a mountain North of their settlement, upon which there is a square rock [26] as high as a table, covered with thick moss, where I have sometimes enjoyed a pleasant rest. I have called this place mount de la Roque, in the sketch I made of Port Royal in my History, after one of my friends named de la Roque, Provost of Vimeu in Picardy, who desired to take up land there and to send over some men.
Le second exercice c'est de pourvoir aux necessitez de la vie, à quoy il employa ses gens chacun selon sa [164] vacatiõ, estant arriué à la terre, qui au labourage, qui aux batimens, qui à la forge, qui a faire des ais, &c. Le Patriarche susdit s'empara de mon étude, & de mes parterres & jardinages, où il dit auoir trouvé arrivant là, quantité de raves, naveaux, carottes, panais, pois, féves, & toutes sortes d'herbes jardinieres bonnes & plãtureuses. A quoy s'estant occupé, il y a laissé à son retour (qui fut le 17. de Iuin dernier) vn beau champ de blé à beaux épics, & bien fleuri.
The second duty was to provide for the necessities of life, and to this end he employed his people, each according to his trade, as soon as they arrived; some were employed in tilling the ground, some in building, some at the forge, some in making planks, etc. The Patriarch took possession of my apartment, and of my parterres and gardens, where he says he found, at his arrival, a great many radishes, parsnips, carrots, turnips, peas, beans, and all kinds of good and productive culinary herbs. Occupying himself with these things, upon his return (which was the 17th of last June), he left a beautiful field of wheat with fine, well-flowered heads.
Plusieurs autres se sont occupés à la terre, comme estant le premier métier & le plus necessaire à la vie de l'homme. Ils en ont (comme ie croy) maintenant recuilli les fruicts, hors-mis des arbres fruitiers qu'ils ont plantés, lesquels ne sont si prompts à cela.
Several others were occupied in agriculture, this being the occupation of prime importance, and most necessary to human life. They have now (I suppose) reaped the harvest thereof, except that of the trees they planted, which are not so prompt in bearing.
Quant aux Sauvages ils ne sçauent que c'est du labourage, & ne s'y peuvent addonner, courageux seulement & penibles à la chasse, & à la pécherie. Toutefois les Armouchiquois & autres plus esloignés plantent du blé & des fevés, mais ils laissent faire cela aux femmes.
As to the Savages, they know nothing about cultivating the land, and cannot give themselves up to it, showing themselves courageous and laborious only in hunting and fishing. However, the Armouchiquois and other more distant tribes plant wheat[32] and beans, but they let the women do the work.[33]
[27] Nos gens outre le labourage & iardinage, avoient l'exercice de la chasse, de la pécherie, & de leurs fortifications. Ils ne manquerent aussi d'exercice à remettre & couvrir les batimens & le moulin delaissez depuis nótre retour en l'an 1607. Et d'autant que la fonteine estoit vn peu eloignée du Fort, ils firent vn pui dans icelui Fort, de l'eau duquel ils se sont fort bien trouvez. De sorte que (chose emerueillable) ils n'ont eu aucunes maladies, quoy qu'il y ait eu beaucoup de sujet d'en avoir par la necessité qu'ils ont soufferte. Car le Sieur de Sainct Iust fils dudit Sieur de Poutrincourt ayant eu mandement de retourner dans quatre mois (comme nous avons dit [166] ci-dessus) on l'attendoit dans la fin de Nouembre pour avoir du rafraichissement, & toutesfois il n'arriva que le iour de Pentecoste, qui fut le 22. de May ensuivant. Cela fut cause qu'il fallut retrencher les vivres qu'ils avoient en assez petite quantité. De manger toujours du poisson (s'il n'est bõ & ferme) ou des coquillages seuls sans pain, cela est dangereux, & cause la dysenterie, cõme nous avõs rapporté ci-dessus de quelques Sauuages qui en sont morts, & pouvons en avoir autre témoignage par les gens du Sieur de Monts, qui moururent en nombre de vingt la premiere année qu'ils hivernerent à Kebec, tãt pour la nouveauté de la demeure, que pour avoir trop mangé d'anguilles & autres poissõs. La chasse aussi ne se trouve pas à foison en vn lieu où il faut viure de cela, & où l'on fait vne demeure arrestée. C'est ce qui rend les [28] Sauvages vagabons, & fait qu'ilz ne peuvent vivre en vne place. Quand ils ont esté six semaines en vn lieu il faut changer de demeure. Ilz prindrent au terroir du Port Royal six Grignaces ou Ellans, cet hiver, dont ils en apportoient vn quartier ou moitié aux nótres. Mais cela ne va gueres loin à tant de gens. Le iour de Pasques fleuries le fils ainé de Membertou dit Louïs, en poursuivoit vn, qui s'estant venu rendre au Port Royal passoit l'eau, quand la femme dudit Louïs vint faire vne alarme en criant plusieurs fois, Ech'pada, Ech'pada, c'est à dire, Aux épées, Aux épées. On pensoit que ce fussent quelques ennemis, mais il fut le bien venu. Le Sieur de Poutrincourt se mit dans vne chaloupe pour aller au devant, & avec vn dogue il le fit tourner en arrière d'où il venoit. Il y avoit du plaisir à le cotoyer si proche de sa ruine. Si-tost qu'il approcha de terre, ledit Louïs le transperça [168] d'une fleche, le Sieur de Iouy luy tira vne arquebusade à la téte, mais Actaudinech' dit Paul fils puisné de Membertou lui coupa dextrement vne veine au col, qui l'atterra du tout. Ceci donna vne curée & consolation stomachale aux nótres. Mais cela ne dura pas toujours. Il fallut revenir à l'ordinaire. Et faut penser qu'en ce retranchement de vivres dont nous avons parlé il y eut de grandes affaires pour le chef, car des mutineries & conspirations survindrent, & d'vn costé le cuisinier déroboit vne partie de la portion des autres, & tel crioit à la faim, qui avoit abondance de pain & de chair dans sa [29] cellule, ainsi que s'est veu par experience. Ceux qui portoient le blé au moulin, de quinze boisseaux n'en rendoient que douze de farine au lieu de dix-huict. Et de la necessité d'autrui ils troquoient avarement des Castors auec les Sauvages. Neantmoins (par trop de bonté) tant de fautes leur furent pardonnées apres visitation faite. Pauvres sots qui font des conseils si legers, & ne voyent point ce qu'ils deviendront par apres, & que leur vie ne peut estre asseurée que par vn perpetuel exil de leur patrie, & de tout ce qu'ils ont de plus cher au monde.