Personne ne peut ignorer, que Monsieur le Marquis [226] de Gamache, est le principal appuy de nostre Mission. I'ay appris cette année qu'il a receu lettres de Fondateur d'vn College en la Nouuelle France: nostre R.P. General me l'a ainsi récrit, & de l'heure que ie parle on a presenté mille & mille sacrifices à sa diuine Majesté, dans toute l'estenduë de la terre où se répand nostre Compagnie, pour la prosperité de sa Maison, [11] & pour le bon succez de ce dessein. Nous auons commencé à enseigner dés l'année passée: le Pere Lallemant, & puis apres le Pere de Quen ont instruit nos petits Francois, & moy quelques petits Sauuages. Nous nous étonnons de nous voir desia enuironnez de tant de ieunesse, en ces commencemens.
No one can be ignorant that Monsieur the Marquis de Gamache is the chief support of our Mission.[59] I have learned this year that he has been acknowledged as Founder of a College in New France; our Reverend Father General has written me also to this effect; and at this writing thousands of holy masses have been offered up to his divine Majesty, throughout the whole extent of the earth where our Company is scattered, for the prosperity of his House, [11] and for the good success of this plan. We began last year to teach; Father Lallemant, and afterwards Father de Quen, instructed our little French boys, and I some little Savages. We wonder to see ourselves already surrounded by so many children, in the very beginning of our work.
I'apprends que quelque personne beniste du ciel pense à fonder vn Seminaire de petits Hurons; ô la sainte pensée! c'est de ces ieunes plantes qu'on doit esperer de bons fruicts. Dieu soit à iamais beny du soin qu'il a de cette nouuelle Colonie, la fauorisant du secours de personnes qui cherissent ces pauures barbares, beaucoup plus qu'ils ne se sont iamais aymez eux-mesmes.
I learn that some one, blessed of heaven, thinks of founding a Seminary for young Hurons. Oh, holy thought! it is from these young plants that one is to expect good fruits. God be forever blessed for the care he takes of this new Colony, favoring it with the aid of persons who cherish these poor barbarians far more than they have ever loved themselves.
Ie ne voulois pas quasi parler de Messieurs les Associez de cette Compagnie: car ce n'est pas merueille s'ils ont de l'amour pour vn pays, dont le Roy les a fait Seigneurs: mais cette amour en la plus saine partie de leur corps, me semble si épurée, que ie suis ioyeux & confus tout ensemble de voir vn dégagement aussi grand en des personnes attachées au monde par leur condition, [12] qu'on en trouueroit dans vne ame éloignée de presence, & d'affection, des ennuis & des tracas de la terre: ie ne parle point par cœur, ces Messieurs m'ayant fait l'honneur de m'écrire par la main de Monsieur l'Amy leur Secre[tai]re, me confondent [228] en ces termes. La lettre qu'il vous a pleu nous escrire, a tellement satisfait nostre Compagnie, que nous confessons tous, que nos peines, & nos soins, ont déja receu leur recompense. Ce que nous faisons pour la Colonie de la Nouuelle France, peut bien estre recommandable à cause du zele au seruice de Dieu, & de l'affection que nous auons au soulagement des hommes: mais d'auoir là dessus l'aide & la consolation de ceux qui sont les Maistres experimentez en ces vertus, c'est estre payez dés l'entrée, & receuoir son salaire entier pour le trauail des premieres heures de la iournée. Le remerciment que vous nous faites vaut beaucoup mieux, que tout ce que nous auons fait; mais il conuiendroit bien à ce que nous desirons faire, quand Dieu nous aura donné la grace de l'executer.
I had hardly intended to speak of the Associated Gentlemen of this Company; for it is not strange that they have some affection for a country over which the King has made them Lords; but this love, in the most important members of their body, seems to me so pure that I am at once rejoiced and confounded to see as great disinterestedness in persons, attached to the world by their position, [12] as one would find in a soul far removed from the scenes and affections of earth, from its cares and confusion. I do not speak by rote; these Gentlemen, having done me the honor of writing to me by the hand of Monsieur l'Amy,[60] their Secretary, put me to the blush in these terms: The letter which it has pleased you to write us has satisfied our Company to such a degree, that we all acknowledge that our efforts and our cares have already received their reward. What we do for the Colony of New France may indeed be commendable, by reason of our zeal in the service of God, and our desire to aid our fellow-men; but to have therein the sympathy and the help of those who are experienced Masters in these virtues is to be rewarded from the beginning, and to receive one's full remuneration for the work of the first hours of the day. The gratitude which you express to us, is worthy of much more than all that we have done; but it would suit well what we desire to do when God shall have given us the grace to perform it.
Voila les propres mots de leur lettre: ce n'est pas tout, apres auoir tesmoigné que leurs plus grands desseins ne tendent [13] qu'à la gloire de nostre Seigneur, ils se resiouyssent d'estre deliurés de l'importunité d'vn homme dont il a fallu lier les mains auec des chaisnes d'or: Et encor que cela nous couste beaucoup, disent-ils, si est-ce que nous estimons y avoir gaigné, puis que personne ne peut plus pretendre aucun droit sur la Nouuelle France, & que nous la pouuons dedier toute entiere à Dieu par vostre sainct ministere. Ne pouuant encherir sur ces pensées, & sur ces affections, ie ne diray qu'vn mot à ces Messieurs; que s'ils font les affaires de Dieu, Dieu fera les leurs, qu'ils ne perdront rien au change, s'ils poursuiuent dans ces genereux desseins, & qu'ils sement des benedictions que leurs enfans recueilliront en la terre & au Ciel. Voila les sentimens de Messieurs les Directeurs & Associez de cette honorable Compagnie.
These are the very words of their letter. This is not all; after having testified that their greatest purposes aim [13] only at the glory of our Lord, they rejoice to be delivered from the importunity of a man whose hands it has been necessary to bind with chains of gold. And although that costs us much, they say, yet we consider that we have gained thereby, since no one can longer claim any right over New France, and we can offer it entire to God through your holy ministry.[61] Being able to add nothing to such thoughts and feelings, I will say to these Gentlemen but one word, that if they attend to the interests of God, God will attend to theirs; that they will lose nothing in the exchange, if they continue in these generous purposes; and that they are sowing blessings which their children shall reap upon the earth and in Heaven. Such are the sentiments of Messieurs the Directors and Associates of this honorable Company.
Ie suis fasché que des personnes grandes en vérité [230] deuant les yeux de Dieu & des hommes, me lient si fort les mains, & m'obligent à garder le secret de leurs lettres, ou plustost de leurs vertus; ils dérobent aux yeux de la France les tendres & fortes affections qu'ils ont pour [14] la gloire de nostre saincte foy dans l'étenduë de cette Barbarie, se contentans d'en donner la veuë à celuy auquel il ne la sçauroient cacher. Ie parle de personnes employées dans les premieres charges du Royaume: l'vn d'eux embrasse tout le païs, il a soin & des François & des Sauuages, & fait du bien à tous. Vn autre va protestant qu'il s'est voulu interesser dans cette Compagnie, non pour l'esperance d'aucun lucre, mais pour l'amplification du Royaume de Dieu. Voici quelques paroles tirées de l'vne de ses lettres addressée à quelque personne qui me l'a cõfidemment communiquée: I'ay interest de sçauoir des nouuelles du pays, par le desir que i'ay de l'aduancement de la Religion. C'est l'vnique raison, à ce qu'il asseure, qui l'a meu de s'allier de ces Messieurs: & plus bas il dit que les plus grandes villes & les plus celebres ont commencé par vn ramas de vagabons, & que nous auons icy cét aduantage qu'il y a des gens de bien parmy nous, Que le plus grand soin qu'on y doit auoir, est que Dieu soit seruy fidellement, qu'on verra vn notable changement quand la Compagnie generale entrera dans l'entiere [15] administration des affaires, la resolution estant de laisser tout le profit pour ameliorer le pays, & y faire passer grand nombre de François, sans rien rapporter d'vn long temps entre les Associez du profit qui prouiendra de la Nouuelle France. Voila parler en homme des-interessé: les inclinations de la nature ne nous incitent point à transporter en vn pays barbare les vtilitez dont nous pouuõs iouyr dans vn Royaume [232] bien policé. Disons donc que ces mouuemens secrets viennent des ressorts de la sacrée prouidence du grand Dieu, qui semble auoir de grands desseins pour tant de pauures Peuples abãdonnez depuis vn si long temps. Voicy ce que d'autres Associez me mandent: I'espere que le secours qu'on vous enuoye fera augmenter la moisson: c'est la principale fin qu'ont ceux qui se meslent de cét affaire, ie voudrais auoir autant de pouuoir que i'ay d'affection pour l'aduancement de la gloire de Dieu en ce pays, & pour la conuersion de ces pauures Sauuages. Vn autre me tient ce discours: Il y a apparence que nostre Compagnie continuant son trafic sans fortune, vostre colonie pour le spirituel s'augmentera de plus en plus; l'intention de la plus part des [16] interessez d'icelle n'a esté à autre dessein, que pour ayder à la conuersion de ces pauures Sauuages; ce qui ne peut estre faict sans vos peines, trauaux & grandes incommoditez, voire de vostre vie.
I regret that some persons, great, in truth, in the eyes of God and of men, bind my hands so tightly, and oblige me to keep the secret of their letters, or rather of their virtues; they conceal from the eyes of France the tender and strong desires they feel for [14] the glory of our holy faith throughout the extent of this Savage Land, contenting themselves with revealing them to him from whom they could not conceal them. I speak of persons employed in the highest offices of the Realm; one of them is in charge of the whole country, concerning himself with both the French and the Savages, and does good to all. Another protests that he is willing to interest himself in this Company, not through the hope of any gain, but for the extension of the Kingdom of God. Here are some words taken from one of his letters addressed to a person who has communicated it to me in confidence: I am interested in hearing news of the country, through the desire which I have for the advancement of Religion. This is the only reason, as he asserts, that induced him to ally himself with these Gentlemen. Farther on, he says that the largest and most celebrated cities have begun with a rabble of vagabonds; and that we have here this advantage, that there are honest people among us; that the greatest care that one must have here is, that God be faithfully served. There will be seen a notable change when the general Company shall enter into the complete [15] administration of affairs,—the determination being to disregard all gain, in order to better the condition of the country and to send over a large number of French people, without the Associates receiving for a long time any of the profit which shall accrue from New France. See how a disinterested man speaks of it! The inclinations of nature do not incite us to transfer to a barbarous land the advantages which we can enjoy in a well-governed Realm. Let us say then that these hidden impulses come from the springs of the sacred providence of the great God, who seems to have grand purposes for so many poor Peoples, abandoned for so long a time. Here is what other Associates write me. I hope that the aid which is sent you will cause the harvest to increase; that is the chief aim which those have who interest themselves in this matter. I wish I had as much power as I have desire for the advancement of the glory of God in this country, and for the conversion of these poor Savages. Another writes to me as follows: There is likelihood that, while our Company continues its business without gain, your colony in spiritual matters will increase more and more. The intention of the greater part of those [16] interested in it has been for no other purpose than to aid in the conversion of these poor Savages, which cannot be done without your sufferings, toils, and hardships, nay, even at the peril of your life.