Baron de Bourqueney to Rifaat Pasha.

Thérapia, 17 Octobre, 1843.

Le Soussigné, Ministre Plénipotentiaire de Sa Majesté le Roi des Français près la Porte Ottomane, a reçu de son Gouvernement l'ordre de faire à son Excellence le Ministre des Affaires Etrangères la communication suivante.

C'est avec un douloureux étonnement que le Gouvernement du Roi a appris la récente exécution d'un Arménien qui, après avoir embrassé la religion Musulmane, était revenu à la foi de ses pères, et que pour ce seul fait on a frappé de la peine capitale, parcequ'il refusait à racheter sa vie par une nouvelle abjuration.

En vain pour expliquer un acte aussi déplorable voudrait-on se prévaloir des dispositions impérieuses de la législation. On devait croire que la législation faite pour d'autres temps était tombée en désuétude; et en tout cas il était trop facile de fermer les yeux sur un pareil fait pour qu'on puisse considérer ce qui vient d'arriver comme une de ces déplorables nécessités dans lesquelles la politique trouve quelquefois non pas une justification mais une excuse.

Lors même que l'humanité, dont le nom n'a jamais été invoqué en vain en France, n'aurait pas été aussi cruellement blessée par le supplice de cet Arménien, lors même que le Gouvernement du Roi, qui a toujours protégé, et protégera toujours la religion Chrétienne en Orient, pourrait oublier que c'est le Christianisme qui a reçu ce sanglant outrage, l'intérêt qu'il prend à l'Empire Ottoman et à son indépendance, lui ferait encore voir avec une profonde douleur ce qui vient de se passer.

Cette indépendance ne peut aujourd'hui trouver une garantie efficace que dans l'appui de l'opinion Européenne. Les efforts du Gouvernement du Roi ont constamment tendu à lui ménager cet appui. Cette tâche lui deviendra bien plus difficile en présence d'un acte qui soulevera dans l'Europe entière une indignation universelle.

Le Gouvernement du Roi croit accomplir un devoir impérieux en faisant connaître à la Porte l'impression qu'il a reçue d'un fait malheureusement irréparable, mais qui, s'il pouvait se renouveler, serait de nature à appeler des dangers réels sur le Gouvernement assez faible pour faire de telles concessions à un odieux et déplorable fanatisme.

Le Soussigné, &c.,

(Translation.)