(Signed) STRATFORD CANNING.
Inclosure in No. 9.
M. Pisani to Sir Stratford Canning.
Excellence, Péra, ce 3 Novembre, 1843.
J'ai conformément à vos ordres remis à Rifaat Pacha la traduction en
Turc des instructions du Comte d'Aberdeen et de la lettre de votre
Excellence, avec une copie de votre lettre.
Rifaat Pacha a lu la traduction des deux pièces qu'il a trouvées très-importantes. Il m'a dit qu'il mettra les instructions de Lord Aberdeen sous les yeux du Grand Vizir et du Sultan.
Rifaat Pacha m'a dit confidentiellement que les mesures qu'il est question de prendre sont, d'ordonner à toutes les autorités à Constantinople et dans les provinces, d'avoir désormais soin, lorsqu'un Turc qui était Chrétien, se fait Chrétien de nouveau, et lorsqu'un Turc dit des injures contre Mahomet ou contre les Prophètes, ou vomit d'autres blasphèmes, de ne pas permettre qu'il soit traduit et jugé devant un Mehkemé quelconque; mais si le cas arrive à Constantinople, d'envoyer l'accusé à la Porte, et s'il arrive dans un pays hors de Constantinople, de l'envoyer au Pacha de la province, sans aucune espèce de jugement préalable. De cette manière-ci, dit Rifaat Pacha, la Porte et les Pachas au-dehors songeront aux moyens de terminer ces sortes d'affaires sans éclat, et (j'ose inférer des paroles de son Excellence) sans recourir à la peine capitale.
Rifaat Pacha a ajouté que la Porte ne peut faire aucune réponse par écrit sur cette affaire sans se compromettre, soit vis-à-vis des Puissances Chrétiennes, en disant qu'elle est obligée de mettre à exécution la loi qui regarde les Chrétiens qui, après avoir embrassé l'Islamisme de leur propre gré, y renoncent et redeviennent Chrétiens, et qui encourent par là la peine de mort,—soit vis-à-vis de la loi, en déclarant qu'elle ne sera pas exécutée à l'avenir dans un cas semblable à celui de l'Arménien.
Mais Rifaat Pacha m'a paru convaincu qu'après le bruit que l'Europe a fait, une scène semblable à celle de l'Arménien ne se renouvellera point. Les mesures que le Gouvernement se propose de prendre ont pour but d'éviter un jugement; et sans jugement on ne peut condamner personne à mort. L'Arménien avait été jugé au Mehkemé dit du Stambol Effendi, avant d'être envoyé à la Porte. Le Kiatib qui est en prison pour avoir dit des injures contre Mahomet, a été jugé au Mehkemé de Salonique, avant d'être envoyé à Constantinople; et le Conseil suprême l'a déclaré digne de mort, quoiqu'il n'ait pas été juridiquement et formellement condamné ici encore. La circonstance que le Kiatib a été jugé déjà et convaincu d'avoir blasphémé le nom de Mahomet, expose ses jours au plus grand danger.
J'ai l'honneur, &c.,