Sir Stratford Canning to M. Pisani.

Monsieur, Péra, le 22 Février, 1844.

Le message que vous m'avez transmis avant-hier de la part de son Excellence Rifaat Pacha, laisse tout-à-fait incertaine l'époque où je recevrai une réponse à la communication importante que j'ai eu l'honneur de lui faire le 8 du courant par l'ordre exprès de ma Cour. Il est pourtant à désirer que cette incertitude ne soit pas prolongée hors de mesure. La question dont il s'agit est toute entière dans la dépêche officielle dont la copie se trouve depuis quinze jours entre les mains du Ministre, et j'attends du Gouvernement Ottoman la prompte solution d'une affaire qui touche de trop près ses intérêts, son avenir, et ses rapports avec les Puissances amies, pour que son Excellence soit autorisée à la regarder comme purement du ressort de la religion.

Il me semble, au contraire, que cette question est, à ne pas en douter, essentiellement liée avec les considérations les plus élevées de la politique. J'aime par conséquent à croire que les Ministres de Sa Hautesse ne méconnaîtront pas leur obligation d'en mesurer la portée par les principes de la raison et les règles de la prudence dont aucun Etat ne pourrait impunément se dispenser. Eviter la responsabilité qui appartient nécessairement à leur position serait-ce en effet autre chose que priver leur Souverain du gage le plus sûr de leur exactitude à en remplir les conditions conformément au but de leur nomination, aux exigeances de la conjoncture, et aux inspirations de la sagacité que la Providence leur a accordée?

Je vous invite donc, Monsieur, à vous rendre de nouveau auprès du Ministre des Affaires Etrangères, et à exprimer formellement à son Excellence ma juste attente que le Conseil ne tardera pas à me faire remettre par son canal une réponse catégorique et comme je l'espère, satisfaisante à la demande d'un Gouvernement sincèrement ami de la Porte. Vous lui laisserez une copie de cette instruction, et vous vous entendrez quant au temps de sa présentation avec Monsieur l'Interprète de l'Ambassade Française, qui est muni d'une instruction pareille par son Ministre.

Je suis, &c.,

(Signé) STRATFORD CANNING.

(Translation.)

Sir, Pera, February 22, 1844.

The message which you yesterday conveyed to me from his Excellency Rifaat Pasha leaves altogether uncertain the time at which I shall receive an answer to the important communication which I had the honour to make to him on the 8th instant by the express order of my Court. It is however to be desired that this uncertainty should not indefinitely be prolonged. The question at issue is altogether contained in the official despatch the copy of which has been for the last fortnight in the Minister's hands, and I expect from the Ottoman Government the speedy settlement of a matter which affects its interests, its future position, and its relations with friendly Powers too nearly for his Excellency to be authorized in considering it merely as a religious question.