Constantinople, August 27, 1843.
Inclosure 2 in No. 1.
M. Pisani to Sir Stratford Canning.
Excellence, Péra, le 24 Août, 1843.
Conformément à vos ordres, j'ai vu le Grand Vizir, et je lui ai rendu, mot à mot, le message contenu dans votre instruction confidentielle en date d'hier, relativement au jeune Arménien qui vient d'être exécuté. Son Altesse a répondu de la manière suivante:
"Quant à moi, personnellement, j'ai en horreur même d'égorger une poule. Les exécutions, si fréquentes dans l'ancien système, sont très rares aujourd'hui. Mais dans le cas récent, je vous ai déjà dit, et je vous répète, qui ni les Ministres, ni le Sultan, ne pouvaient absolument pas sauver la vie de l'Arménien. Les lois du Coran ne forcent personne de se faire Musulman; mais elles sont inexorables tant à l'égard du Musulman qui embrasse une autre religion, qu'à l'égard du non-Musulman qui, après avoir de son propre gré embrassé publiquement l'Islamisme, est convaincu d'y avoir renoncé. Nulle considération ne peut faire commuer la peine capitale à laquelle la loi le condamne sans miséricorde. Le seul, l'unique moyen d'échapper à la mort, c'est pour l'accusé de déclarer qu'il s'est fait de nouveau Musulman. C'est dans le seul but de sauver la vie a l'individu en question que nous avons, contre la lettre de la loi, qui exige que la sentence dans le cas dont il s'agit soit mise à exécution aussitôt qu'elle a été prononcée, que nous lui avons laissé quelques jours de temps pour y bien réflêchir, avec l'assurance que la déclaration voulue par la loi une fois faite, il serait mis en liberté, et qu'il pourrait partir de Constantinople; mais comme il a résisté à toutes les tentatives faites pour le persuader de recourir au seul moyen d'échapper à la mort, force fut à la fin d'obéir à la loi, sans quoi les Oulémas se souleveraient contre nous. L'exécution a dû, aux termes de la loi, être faite publiquement."
Voyant que le Grand Vizir n'avait rien dit par rapport aux observations de votre Excellence sur ce qui arriverait si un étranger, un Anglais par exemple, se trouvait dans des circonstances analogues, j'ai prié son Altesse de considérer et de faire considérer au Ministère Ottoman, dans quelle position la Porte se mettrait vis à vis du Gouvernement Anglais, si elle recourait à des violences. Le Grand Vizir a dit alors: "Je ne sais pas vraiment ce qu'un cas pareil exigerait s'il s'agissait d'un étranger; j'ignore ce que les lois disent à l'égard d'un Franc qui se trouverait compromis par les circonstances qui ont fait condamner à la mort l'Arménien, qui est un rayah."
Le Grand Vizir a fini par dire; "Faites mes complimens à Monsieur l'Ambassadeur, et dites lui que j'apprécie ses sentimens d'humanité et de bienveillance; mais que ce qui vient d'arriver était un mal tout à fait sans remêde."
J'ai l'honneur. &c.,
(Signé) FRED. PISANI.