Vos rapports au Roi jusqu'au No. 91 du 15 du courant nous sont parvenus et ont été placés sous les yeux de Sa Majesté.
Vous êtes sans doute déjà instruit, par la voie des journaux, des détails de l'exécution de l'Arménien Serkiz Papazoghlou, mis à mort dernièrement à Constantinople pour avoir renié la foi de Mahomet qu'il avait embrassée quelque temps avant. A la vérité, la lettre du Coran inflige la peine de mort à tous ceux qui abandonnent le Mahométisme, mais longtemps déjà l'usage avait adouci la rigueur d'une loi si peu en harmonie avec les préceptes de la civilisation, et depuis nombre d'années aucune exécution de ce genre n'avait eu lieu. Celle du malheureux Serkiz doit par conséquent être considérée comme un triste retour aux barbaries du fanatisme Musulman. Elle le doit d'autant plus que, d'un côté, l'énergique intercession de Sir Stratford Canning en faveur de la victime est restée infructueuse; et que, de l'autre, les autorités Turques, en conduisant Serkiz, quoique Arménien, en costume Franc et la casquette sur la tête au supplice, semblent avoir voulu donner à ce sanglant spectacle le caractère d'un défi public porté par l'ancienne cruauté Mahométane à l'influence des moeurs Européennes et de la civilisation Chrétienne.
Partant de ce point de vue et regardant la catastrophe qui vient d'avoir lieu comme un symptôme de plus d'une tendance rétrograde et pour ainsi dire anti-Européenne dont, dans son propre intérêt, il importe de détourner le Gouvernement Ottoman, les Répresentans des Cinq Grandes Puissances à Constantinople ont cru qu'un avertissement unanime, à la fois bienveillant et sérieux, que ces Puissances feraient parvenir à cet effet à la Sublime Porte, produirait sur elle une impression salutaire. Ils ont, en conséquence, et sur l'invitation spéciale de Sir Stratford Canning, sollicité de leurs Cours respectives les instructions nécessaires pour se porter à la démarche en question, et M. l'Ambassadeur d'Angleterre voulait en outre proposer à Lord Aberdeen de s'employer dans le même sens auprès des Cabinets de Berlin, de Vienne, de Paris, et de St. Pétersbourg.
Je n'ai pas encore reçu de communication à ce sujet de la part de Monsieur le Principal Secrétaire d'Etat, mais je me suis empressé de répondre par la dépêche dont je joins ici une copie, à celle que l'Envoyé du Roi à Constantinople a adressé à Sa Majesté sur cette affaire.
Veuillez, Monsieur, en donner connaissance, ainsi que de la présente dépêche, à Lord Aberdeen, et exprimer de ma part à sa Seigneurie l'espoir d'être allé de cette manière au devant des ouvertures qu'elle serait peut-être dans le cas de me faire faire [sic] sur la démarche proposée par les cinq Représentans à Constantinople, mais mise, de préférence, sur le tapis par M. l'Ambassadeur d'Angleterre.
Recevez, &c.,
(Signé) BULOW.
(Translation.)
Sir, Berlin, September 21, 1843.
Your reports to the King, to No. 91 of the 15th instant, have been received and laid before His Majesty.