Walter L. Edwin
Sierra Leone, West Africa
Documents
Observations on the Negroes of Louisiana
To present a broad view of the Negroes concerned in this and the subsequent series of documents we have given below accounts appearing from decade to decade, written by men of different classes and of various countries. Some received one impression and some another, as the situation was viewed from different angles. In the mass of information, however, there is the truth which one may learn for himself.
Considerations sur l'esclavage; Nègres libres; Mulâtres de la Louisiane, 1801
L'esclavage, le plus grand de tous les maux nécessaires, soit relativement à ceux qui l'endurent, soit par rapport à ceux qui sont contraints d'en employer les victimes, existe dans toute l'étendue des deux Louisianes. Il ne seroit pas facile de determiner pendant combien d'années la partie septentrionale en aura besoin; mais on peut assurer qu'il doit exister bien des siècles encore dans le Midi si le Gouvernement veut y encourager l'agriculture, qui est son unique ressource. Les Nègres seuls peuvent se livrer aux travaux dans ces climats brûlans: le Blanc qui y périt jeune malgré toutes sortes de ménegemens, ne feroit qu s'y montrer s'il étoit obligé d'y cultiver son champ de ses propres mains. Pour tirer parti de cette colonie, l'on doit donc protéger l'importation des Nègres qui y sont en trop petit nombre; mais il est en même temps de l'intérêt du Gouvernement, de veiller a ce que les habitans n'y abusent pas du pouvoir que la loi et droit de propriété leur donnent.
Après la cruelle expérience de Saint-Domingue, qui probablement aura ouvert les yeux de tous ces philantropes qui ne comptent pour rien la prosperité des empires, lorsqu'elle semble être en contradiction avec ces sentimens d'humanité, dont ils feignent souvent d'avoir été doués par la nature; je suis loin d'engager aucun gouvernement à relâcher les liens de l'esclavage: on doit les laisser subsister dans leur intégrité, ou perdre les colonies. Cependant doivent-ils négliger cette branche d'administration et s'en rapporter aveuglément aux proprietaires, qui paroissent avoir un intérêt direct à ménager leurs esclaves? C'est ce que je suis loin de croire. Les passions agissent trop fortement sur le coeur des hommes, pour ne pas en restreindre la vivacité par des règlemens sages; leur intérêt même souvent mal-entendu les aveugle sur leurs propres avantages. L'avarice crie à l'un que ses esclaves mal vêtus et mal nourris, n'en sont pas moins tenus a lui rendre les services qu'l exige; la colère conduit l'autre à faire des exemples terribles, sous prétexte d'effrayer ceux qui seroient tentés de lui manquer; un grand nombre enfin se croit autorisé à s'en servir pour assouvir ses passions et servir ses passions et servir ses gouts, fussent-ils même contraires aux devoirs de la société et opposés aux principes religieux. Aux yeux des gouvernans les hommes ne doivent être que de grands enfans, dont, en sages précepteurs, ils dirigent les caprices de manière à les faire tourner à leur plus grand bien.
Dans la basse Louisiane les Nègres sont très mal nourris: chacun ne reçoit pas par mois audelà, d'un baril de maïs en épis, ce qui ne fait que le tiers d'un baril en grain;[228] encore beaucoup de propriétaries prélèvent-ils quelque chose sur leur ration. Ils doivent se procurer le suplus de leur nourriture, ainsi que leurs vêtemens, avec le produit de leur travail du dimanche. S'ils ne le font pas, ils sont exposés à rester nus pendant la saison rigoureuse. Ceux qui leur fournissent des vêtemens, le contraignent à employer pour eux les jours de repos, jusqu'a ce qu'ils aient été remboursés de leurs avances. Pendant tout l'été, les Nègres ne sont pas vêtus. Les parties naturelles sont uniquement cachées par une pièce d'étoffe, qui s'attache à la ceinture par devant et par derrière, et qui a conservé dans toute l'Amérique septentrionale habitée par les François, le nom de braguet. L'hiver ils ont généralement une chemise et une couverture de laine, faite en forme de redingotte. Les enfans restent souvent nus jusqu'à l'age de huit ans, qu'ils commencent à rendre quelques services.
Un maître ne doit-il pas a son esclave le vêtement et une nourriture substantielle, à proportion du travail qu'il en exige? Le jour du repos n'appartient-il pas à tous les hommes, et plus particulièrement à ceux qui sont employés aux penibles travaux de la campagne? Ce sont des questions qui n'en seroient pas, si l'avarice, plus forte que l'humanité, ne dominoit presque tous les hommes, mais sur-tout les habitans des colonies. Que résulte-t-il cependant de cette avarice mal entendue? les Nègres mal nourris et trop fatigués s'épuisent et ne peuplent pas; de l'épuisement nait la foiblesse, de la foiblesse le decouragement, la maladie et la mort. Pour augmenter son revenue le propriétaire perd donc le capital, sans que son expérience le rende ordinairement plus sage. Je n'ignore pas que les Nègres sont loin de ressembler aux autres hommes; qu'ils ne peuvent être conduits ni par la douceur, ni par les sentimens; qu'ils se moquent de ceux qui les traitent avec bonté; qu'ils tiennent par la morale à la brute, autant qu'à l'homme par leur constitution physique; mais ayons au moins pour eux soins que nous avons pour les quadrupèdes, dont nous nous servons: nourrissons-les bien pour qu'ils travaillent bien, et n'exigeons pas au-dela de leurs facultés ou de leurs forces.
Les Nègres sont naturellement fourbes, paresseux, voleurs et cruels; il est inutile d'ajouter qu'ils sont tous dans le coeur ennemis des Blancs: le serpent cherche à mordre celui qui le foule aux pieds; l'esclave doit haïr son maître. Mais ce dontil est difficile de rendre compte, c'est l'aversion et la brutalité des Noirs libres pour ceux de leur espèce. Parviennent-ils à se procurer des esclaves? ils les traitent avec une barbarie dont rien ne peut approcher; ils les nourrissent plus mal encore que ne font les Blancs, et les surchargent de travail: heureusement leur penchant à la fainéantise et a l'ivrognerie, les tient dans un état de mediocrité dont ils sortent rarement.
Quoique les Nègres libres perdent très-peu de leur haine pour les Blancs, ils sont cependant loin d'être aussi dangereux que les Mulâtres. Ces hommes qui semblent participer aux vices des deux espèces, comme ils out participé à leurs couleurs, sont méchans, vindicatifs, traîtres et également ennemis des Noirs qu'ils méprisent, et des Blancs qu'ils ont en horreur. Cruels jus qu'à la barbarie envers les premiers, ils sont toujours prêts à saisir l'occasion de tourner leurs bras contre les seconds. Fruits du libertinage de leurs pères, dont ils recoivent presque tous la liberté et une éducation assez soignée, ils sont loin d'en être reconnaissans; ils voudroient en être traités comme des enfans légitimes, et la différence que l'on met entr'eux les porte à détester même les auteurs de leurs jours. On en a vu un grand nombre, dans le massacre de Saint-Domingue, porter sur eux leurs mains parricides. Les plus délicats se chargeoient mutuellement de cette détestable commission. Vas tuer mon père, se disoient-ils, je tuerai le tien.
Mais, dira-t-on, le premier droit de la nature est de se racheter de l'esclavage, comme c'en est un aussi de faire jouir des bienfaits de la liberté l'être qui tient de nous l'existence. Ces vérités ne peuvent être contestées; mais une troisième qui n'est pas moins évidente, c'est qu'il est du devoir d'un bon gouvernement d'assurer par toutes sortes de moyens la vie et la propriété des peuples qui vivent sous sa domination: or, par-tout où il y aura des Nègres libres ou des Mulâtres, l'une et l'autre seront chaque jour exposées au plus imminent danger. Un esclave fuit-il son maître? c'est chez un Nègre libre qu'il va se réfugier. Un vol a-t-il été commis? si le Nègre libre n'en est point l'auteur, il en est au moins le receleur. Lorsque par la suite de son travail ou de son économie un esclave peut racheter sa liberté, qu'il aille en jouir parmi les nations qui voudront le recevoir, ou qu'il retourne dans son pays, c'est tout ce que le Gouvernement lui doit. Mais je ne crains pas d'assurer que toute colonie où l'on souffrira des Nègres libres, sera le repaire du brigandage et des crimes.
Quant aux hommes de couleur, plus dangereux encore, il seroit probablement très-avantageux d'en former des colonies dans quelques parties inhabitées du continent: cette mesure auroit une suite doublement utile; elle priveroit les colonies de ces êtres par lesquels elles seront tôt ou tard anéanties, et elle diminueroit ce goût crapuleux des Blancs pour leurs esclaves, qui est la ruine de la société et la cause première du pen de population des pays qu'ils habitent.—Voyage dans Les Deux Louisianes, 1801, 1802, and 1803, pp. 408-415, par M. Perrin Du Lac.