—Pour le double de ces sommes.
—Eh bien! Patrick, vendez tout ce qui n’est pas or et apportez-m’en le montant. Je ne veux garder à moi que ce castel et le champ qui l’entoure.
Deux jours après, les ordres de la pieuse Ketty étaient exécutés et le trésor était distribué aux pauvres au fur et à mesure de leurs besoins.
Ceci ne faisait pas le compte, dit la tradition, des commis-voyageurs du malin esprit, qui ne trouvaient plus d’âmes à acheter.
Aidés par un valet infâme, ils pénétrèrent dans la retraite de la noble dame et lui dérobèrent le reste de son trésor . . en vain lutta-t-elle de toutes ses forces pour sauver le contenu de son coffre, les larrons diaboliques furent les plus forts. Si Ketty avait eu les moyens de faire un signe de croix, ajoute la légende Irlandaise, elle les eût mis en fuite, mais ses mains étaient captives—Le larcin fut effectué. Alors les pauvres sollicitèrent en vain près de Ketty dépouillée, elle ne pouvait plus secourir leur misère;—elle les abandonnait à la tentation. Pourtant il n’y avait plus que huit jours à passer pour que les grains et les fourrages arrivassent en abondance des pays d’Orient. Mais, huit jours, c’était un siècle: huit jours nécessitaient une somme immense pour subvenir aux exigences de la disette, et les pauvres allaient ou expirer dans les angoisses de la faim, ou, reniant les saintes maximes de l’Evangile, vendre à vil prix leur âme, le plus beau présent de la munificence du Seigneur tout-puissant.
Et Ketty n’avait plus une obole, car elle avait abandonné son château aux malheureux.
Elle passa douze heures dans les larmes et le deuil, arrachant ses cheveux couleur de soleil et meurtrissant son sein couleur du lis: puis elle se leva résolue, animée par un vif sentiment de désespoir.
Elle se rendit chez les marchands d’âmes.
—Que voulez-vous? dirent ils.
—Vous achetez des âmes?