Parmi toutes les Causes des Guerres chaque jour, il est vrai, voit disparaître celles qui tiénnent a l’existence des Rois, des prêtres, et de ce qui les accompagne. Mais neanmoins les Républiques elles-mêmes ne seront pas à l’abri de ces funestes querrelles, tant qu’elles ne se dèferont pas de ces Systêmes erronés de Commerce exclusif et de Possessions lointaines. C’est donc un motif pour tout homme qui aime ses semblables de chercher a détruire ces erreurs; l’Ambition même ne doit plus Chercher la gloire qu’en montrant aux hommes le chemin de la vérité, et en écartant les obstacles qui empêchent les nations d’arriver à une paix durable; Car, quelle Gloire peut resister au temps,—si elle ne reçoit la Sanction de La Philosophie?

Pour affranchir les Nations, Citoyen Général, vous avez exécuté de vaste entreprises, et la gloire dont vous vous êtes couvert, doit être aussi durable que le temps; qui donc pourrait seconder d’une approbation plus efficace des projets qui peuvent Contribuer au bien Général? C’est dans cette idée que je vous soumets mon Travail, espérant que si vous y rencontrez quelques vérités utiles, vous daignerez les appuyer d’une influence aussi puissante que la Vôtre; et en effet, favoriser des projets dont l’exécution doit rendre des millions d’homme heureux, peut-il être pour le genie vertueux de plus delicieuse jouissance? C’est sous ce point de vue que les améliorations intérieures et la Liberté du Commerce Sont de la plus haute importance.—

Si le Succés couronne les efforts de la France, Contre l’Angleterre, il ne tiendra qu’à elle de terminer Glorieusement cette longue Guerre, en donnant la liberté au Commerce et en faisant Adopter le Systême aux autres puissances; La liberté politique acquerra ainsi le dégré de perfection et d’etendue dont elle est susceptible, et la Philosophie verra avec joie l’olivier d’une paix éternelle ombrager la Carriére des Sciences et de l’Industrie.

Salut et respect

Robert Fulton

Paris 12 floreal an 6

[2]. Citoyen Ministre

Il y a maintenant vingt mois que je présentai pour la première fois le plan de mon Nautile à l’Ex-Directeur La Reveillere Lepaux; il le présenta au Dirèctoire qui eu ordonna le renvoi au Ministre de la Marine Pléville, et enfin il fut rejeté après cinq mois de discussions. Reproduit sous l’administration du citoyen Bruix, il eut le même sort après environ quatre mois d’attente, un accueil si peu favorable de la part des premiers magistrats de la France, dont le devoir est d’encourager les découvertes tendantes à propager la Liberté et à établir l’harmonie entre les nations, me prouve qu’ils s’étaient fait une idée fausee des effets tant phisiques que moraux de cette Machine.


Voyons d’abord quels seraient pour la France les effets immédiats du Nautile. La perte du premier Bâtiment anglais qui serait détruit par un moyen extraordinaire, jeterroit le Gouvernement Britannique dans le dernier embarras; il sentiroit que par le même moyen on pourroit détruire toute sa marine; que par le même moyen il seroit possible de bloquer la Tamise et de couper tout le commerce de Londres. Quelle seroit, dans de pareilles circonstances, la consternation de l’Angleterre? Comment Pitt soudoyeroit-il alors les puissances coalisées? It en résulteroit que, privée des guinées de Pitt, la Coalition s’evanouiroit, et que la France, ainsi delivrée de ses nombreux ennemis, pourrait travailler sans obstacle a l’affermissement de sa liberté et à la paix.