Si ces observations paraissent bonnes et qu’on les adopte, que l’ennemi n’ait encore montré aucun plan, il faut que le général qui commande le corps de Sarragosse fasse construire quelque redoutes autour de Tudela, pour favoriser ses champs de bataille, réunisse des vivres de tous les côtés, et soit là dans une position offensive sur Sarragosse en maintenant sa communication avec Logroño par sa droite, mais au moins par la rive gauche de l’Ebre. Il faut que le maréchal Bessières, avec tout son corps, renforcé de la cavalerie légère, soit campé dans le bois près Burgos, la citadelle bien occupée; que tous les hôpitaux, les dépôts, les embarras soient au delà de l’Ebre; qu’il soit là en position de manœuvrer, tous les jours, à trois heures du matin, sous les armes, jusqu’au retour de toutes les reconnaissances, et éclairant le pays dans la plus grande étendue; que le corps du mal Moncey soit à Miranda et à Briviesca, tous ses embarras et hôpitaux derrière Vittoria, toujours en bataille avant le jour, et envoyant des reconnaissances sur Soria et les autres directions de l’ennemi.
Il ne faut pas perdre de vue que les corps des maréchaux Bessières et Moncey, devant être réunis, il faut se lier le moins possible avec Logroño, et cependant considérer le corps du général Lefebre comme un corps détaché, qui a une ligne d’opération particulière sur Pampelune et un rôle séparé; vouloir conserver Tudela comme une partie contigue de la ligne, c’est se desseminer beaucoup. Enfin, faire la guerre, c’est à dire, avoir des nouvelles par les curés, les alcaldes, les chefs de couvent, les principaux proprietaires, les postes: on sera alors parfaitement informé.
Les reconnaissances qui tous les jours se dirigeront du côté de Soria, de Burgos, sur Palencia, et du côté d’Aranda, peuvent former tous les jours trois postes d’interception, trois rapports d’hommes arrêtés, qu’on traitera bien, et qu’on rélachera quand ils auront donné les renseignemens qu’on desire. On verra alors venir l’ennemi, on pourra réunir toutes ses forces, lui dérober des marches, et tomber sur ses flancs au moment ou il meditera un projet offensif.
3me Observation.—L’armée Espagnole d’Andalousie étoit peu nombreuse. Toutes les Gazettes Anglaises, et les rapports de l’officier Anglais qui était au camp, nous le prouvent. L’inconcevable ineptie du général Dupont, sa profonde ignorance des calculs d’un général en chef, son tâtonnement, l’ont perdu. 18 mille hommes ont posé les armes, six mille seulement se sont battus, et encore ces 6000 hommes que le genl Dupont a fait battre à la pointe du jour, après les avoir fait marcher toute la nuit, étaient un contre trois. Malgré tout cela, l’ennemi c’est si mal battu, qu’il n’a pas fait un prisonnier, pris une pièce de canon, gagné un pouce de terrein, et l’armée de Dupont est restée intacte dans sa position; ce qui sans doute a été un malheur; car il eût mieux valu que cette division eût été mise en déroute, éparpillée, et détruite, puisque les divisions Vedel et Dufour, au lieu de se rendre par la capitulation, auraient fait leur retraite. Comment ces deux divisions ont-elles été comprises dans la capitulation? c’est par la lâcheté insultante et l’imbécilité des hommes qui ont négocié, et qui porteront sur l’échaffaud la peine de ce grand crime national.
Ce que l’ont vient de dire prouve que les Espagnols ne sont pas à craindre; toutes les forces Espagnols ne sont pas capables de culbuter 25 mille Français, dans une position raisonnable.
Depuis le 12 jusqu’au 19, le général Dupont n’a fait que des bêtises, et malgré tout cela, s’il n’avait pas fait la faute de se séparer de Vedel, et qu’il eût marché avec lui, les Espagnols auraient été battus et culbutés. A la guerre les hommes ne sont rien, c’est un homme qui est tout. Jusqu’à cette heure nous n’avons trouvé ces exemples que dans l’histoire de nos ennemis: aujourd’hui, il est fâcheux que nous puissions les trouver dans la nôtre.
Une rivière, fût-elle aussi large que la Vistule, aussi rapide que le Danube à son emboucheur, n’est rien si on n’a des débouchés sur l’autre rive, et une tête prompte à reprendre l’offensive. Quand à l’Ebre, c’est moins que rien; on ne la regarde que comme une trace.
Dans toutes ces observations, on a parlé dans la position où se trouvait l’armée du 20 au 26, lorsqu’elle n’avait nulle part nouvelle de l’ennemi.
Si on continue à ne prendre aucune mésure pour avoir des nouvelles, on n’apprendra que l’armée de ligne Espagnol est arrivée sur Tudela et Pampelune, qu’elle est sur les communications, sur Tolosa, que lorsqu’elle y sera déjà rendue. On a fait connaître dans la note précédente comment on faisait à la guerre pour avoir des nouvelles. Si la position de Tudela est occupée par l’ennemi, on ne voit pas que l’Ebre soit tenable. Comment a-t-on évacué Tudela, lorsqu’on avait mandé dans des notes précédentes qu’il fallait garder ce point, et que l’opinion même des généraux qui venaient de Sarragosse étaient d’occuper cette importante position.